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A Calais, mobilisation pour la prise en charge des mineurs isolés

Publié le : 29/08/2016

le monde

 

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Une bénévole donne un cours de français à un jeune migrant dans la « jungle » de Calais, le 12 août 2016.
PHILIPPE HUGUEN / AFP

 

Ahmed a les cheveux dans les yeux, et pas de mère pour lui demander de les relever. Devant sa tente, dans la « jungle » de Calais, il est assis à l’ombre, engloutissant consciencieusement un litre de lait, à même la brique. Ce Soudanais de 16 ans n’est pas un cas isolé. Les jeunes mineurs venus seuls sont aujourd’hui très nombreux sous les petites tentes et dans les cabanes de bois. « France terre d’asile en a recensé 862 le 26 août », observe Céline Schmitt, porte-parole du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) en France.

Avec France terre d’asile, La Voix de l’enfant et d’autres associations, Stéphane Duval, le directeur du centre de jour d’accueil des migrants Jules-Ferry, fait vivre un groupe de copilotage sur ce sujet. « Nous avons pleinement conscience du problème, insiste Fabienne Buccio, préfète du Pas-de-Calais, qui en fait partie, c’est la raison pour laquelle nous ouvrons une nouvelle structure fin septembre. » Même si Mme Buccio s’annonce prête à « en doubler les capacités très vite », ce lieu n’accueillera que 74 jeunes dans un premier temps.

Aujourd’hui, 183 garçons sont hébergés dans les conteneurs du centre d’accueil provisoire (CAP) qui jouxte la « jungle » et 34 filles dans le centre d’hébergement des femmes. Un foyer de France terre d’asile peut en recevoir 45 à Saint-Omer et affiche désormais complet en permanence. Faute d’accueil suffisant, les autres traînent leur solitude dans la « jungle ». « Nous proposons une solution d’hébergement à tous ceux qui se manifestent. On pousse les murs pour eux », insiste Stéphane Duval.

 

« Savoir qui ils sont »


Afin de mieux les connaître, il leur propose désormais une sorte de « carte de cantine », donnant un accès prioritaire aux douches et aux repas. « Quatre cents adolescents en ont déjà demandé une, et chaque jour de nouveaux viennent nous voir », se réjouit-il. Est-ce le premier pas vers un recensement officiel ? « Pour prendre ces mineurs correctement en charge, il est nécessaire de commencer par savoir combien ils sont et qui ils sont », insiste Céline Schmitt, dont les services sont prêts à aider la France sur ce point.

L’agence des Nations unies aimerait aussi doter Calais du « point bleu » qu’elle a développé sur les routes migratoires en partenariat avec l’Unicef. « A chaque point bleu, un mineur trouve des aides diverses et un espace sécurisé où il peut récupérer », insiste la porte-parole. Calais devrait avoir le sien, estime-t-elle, car « la signalétique fonctionne bien sur la route et est déjà un repère pour ces enfants qui constituent à eux seuls 10 % des 100 000 arrivées sur les côtes italiennes cette année ».

Outre la prise en charge immédiate, rendue d’autant plus urgente que l’Unicef dénonçait en juin les menaces d’exploitations diverses qui pèsent sur les enfants migrant seuls, des solutions de long terme doivent être trouvées. Sur les 862 mineurs, les associations estiment qu’un quart aurait des liens familiaux directs avec des personnes vivant déjà au Royaume-Uni. Selon les accords de Dublin, la Grande-Bretagne doit les accueillir. Pourtant, le processus est très lent. Même si le gouvernement français s’enorgueillit que, depuis février, 55 jeunes aient pu rejoindre leurs familles outre-Manche.

 

Maryline Baumard, Le Monde, le 29/08/2016