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Du Kosovo à Romorantin Mendim a changé de vie

Publié le : 28/04/2011

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Un double anniversaire. Voilà ce que Charles Bizumuremyi, responsable d'établissement et son équipe de travailleurs sociaux préparent depuis des mois au centre d'accueil pour demandeurs d'asile (Cada) de Romorantin. Ce jeudi en effet, l'association France terre d'asile - qui gère les Cada du Loir-et-Cher - fête son 40 e anniversaire et le 60 e anniversaire de la Convention de Genève. L'occasion d'une grande rencontre entre les demandeurs d'asile, les réfugiés et tous ceux qui, au quotidien à Romorantin et à Salbris, tentent de faciliter la vie de ces hommes, ces femmes et de leurs enfants contraints de changer de vie et de pays pour essayer de vivre mieux. Et en sécurité.

Repartir de zéro

Comme Mendim et sa famille. L'adolescent a 16 ans. En classe de 3 e , il est arrivé en France en août 2009. Sans parler un seul mot de Français. Son pays à lui, c'était le Kosovo. Là-bas, sa mère Kadrie était journaliste, son père, Skender, exerçait comme professeur de chimie. Aujourd'hui, dans leur appartement-relais du quartier des Favignolles - le Cada dispose de deux appartements de ce type pour accueillir provisoirement les demandeurs d'asile devenus réfugiés - la famille tente de dessiner une nouvelle vie avec son nouveau statut, obtenu en décembre dernier.
D'ici peu, Skender, qui comme sa femme bénéficie du RSA, devrait travailler dans l'agroalimentaire. Le couple a encore des difficultés à s'exprimer en français, malgré les cours et l'équipe du Cada. Mendim, qui veut devenir médecin, fait l'interprète. Comme son jeune frère Nderim, il veut mettre toutes les chances de son côté.
A quelques centaines de mètres de là, Leyli et Arthur n'en sont pas là. Le jeune couple est arménien. Et vient d'essuyer un refus de l'Ofpra pour leur demande d'asile. « C'est dur. On avait attendu plus d'un an. C'est comme ça », explique Leyli dans un français limpide tout en jouant avec sa fillette. Le recours devant la CNDA ne devrait être fait qu'à la rentrée. Pour Leyli et sa famille, les choses sont claires : « Il n'est pas question de retourner en Arménie ».
Autant de vies et d'histoires que l'équipe solognote du Cada décortiquent et accompagnent. Jusqu'au bout.
 repères

5.000 personnes reçues par jour en France par l'association

L'association France terre d'asile gère 3.500 des 21.000 places existantes dans les centres d'accueil pour demandeurs d'asile (Cada).
Dans le Loir-et-Cher, l'association gère les Cada de Blois (80 places), Romorantin (60 places) et Vendôme (60 places) soit un total de 200 places.
Le Cada de Romorantin, par exemple, dispose de quinze appartements pour les demandeurs d'asile à Romorantin et Salbris. Et de deux appartements relais pour les réfugiés.
Une fois dirigés par la préfecture de Région vers un Cada, le demandeur d'asile et sa famille sont pris en charge. Un dossier est constitué pour demander asile auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra). Vingt mois sont nécessaires en moyenne pour obtenir une première réponse. Pendant cette période, le demandeur d'asile n'a pas accès au marché du travail. Il bénéficie de l'aide médicale de l'État. 

En cas de refus - ce qui est fréquent avec l'Ofpra - un recours est possible dans un délai de 21 jours auprès de la cour nationale du droit d'asile (CNDA) créée en 2007 et qui remplace l'ancienne commission des recours des réfugiés.

Si le demandeur est à nouveau débouté, plusieurs solutions s'offrent à lui.
- L'aide au retour volontaire. A Romorantin, une famille de 6 personnes a pris cette option en 2010. En 2011 aussi, on compte un cas en Sologne.
- La demande de régularisation. Elle est adressée au préfet. En attendant, le requérant devient un irrégulier.

Depuis janvier, une circulaire indique qu'un service intégré d'accueil et d'orientation, - il s'agit d'un guichet unique -, doit exister dans chaque département afin d'aider et de trouver des solutions à ceux qui n'ont pas d'hébergement
- Un élément nouveau peut permettre la réouverture d'un dossier. La procédure recommence alors.

billet

Salut à toi...
Palestiniens, Kosovars, Tchétchènes, Irakiens, Mongols... Quelques-uns des demandeurs d'asile accueillis au Cada de Romorantin en 2010. Une longue litanie de pays et d'hommes. Le choix de s'en aller et de tout recommencer ailleurs. Dans le pays des Droits de l'Homme par exemple, dans une France qui a cependant durci ses conditions d'accueil. « Il faut éloigner la tentative de repli xénophobe que l'on sent revenir », explique Pierre Henry. La fin d'une tradition ?

le chiffre

146
C'est, pour l'année 2010, le nombre de demandes d'asile enregistrées dans le Loir-et-Cher. Il comprend les premières demandes, les mineurs accompagnants et les réexamens. A Romorantin, 95 personnes sont passées par le Cada l'an dernier. La région Centre, elle, a comptabilisé 895 demandes, selon les chiffres de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra). En France, le total s'élève à 52.762 demandes en 2010. Le taux d'admission en première instance est de 13,5 %.
 à suivre

Deux jours de rencontres

Ce jeudi, inauguration à 15 h à la Pyramide de Romorantin. Interventions et témoignages de réfugiés et de demandeurs d'asile, projection de films et animation musicale du groupe Taforalt.

Demain vendredi :
- dès 10 h, visite des stands de France terre d'asile et ses partenaires.
- De 14 h à 16 h : animations pour les enfants et les scolaires sur le thème de l'accueil de l'autre et de la solidarité.
- A 16 h, projection du film « Ado d'ailleurs ».
- A 16 h 30, débat animé par Pierre Henry, Maître Le Tallec, avocat au barreau de Paris ; Fatiha Mlati, directrice du département de l'Intégration, emploi et logement à France terre d'asile et Jeanny Lorgeoux, maire et conseiller général.

La Nouvelle République, le 28/04/2011