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Expulsé en zone de guerre

Publié le : 14/01/2014

Jacob, 34 ans, Somalien vivant au Royaume-Uni

« Je pouvais voir de la fumée noire partout, je pouvais voir des soldats et de l’artillerie. »

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Après dix mois de détention, Jacob a accepté d’être expulsé vers la Somalie, malgré la position de la Cour européenne des droits de l’Homme à cette période selon laquelle le Royaume-Uni ne devrait pas expulser de Somaliens. A son arrivée, il a été volé et enlevé avant d’être renvoyé au Royaume-Uni.

Démuni dans la rue

J’ai demandé l’asile en 1999. J’avais une adresse, tous les six mois, ils suspendaient mes aides, en disant que ma décision avait été prise. Tu es dans la rue. Parfois six mois sans logement, sans revenu, rien. Les gens de l’église, tu peux rester quelques nuits.

Expulsé en zone de guerre

Ils m’ont expulsé à Mogadiscio, au milieu d'une zone de guerre. Je ne connais personne, c’est un pays que j’ai quitté quand j’étais jeune. J’étais à Colnbrook1 pendant 10 mois à ce moment là. Je ne voulais pas retourner encore à Colnbrook, tentez ta chance.

Les escortes m’ont abandonné à Nairobi2. J’ai demandé s’ils allaient m’emmener en toute sécurité à Mogadiscio. Ils ont dit oui. Puis quand ils sont arrivés à Nairobi ils ont changé d’avis, ils ont dit que nous allions être enlevés ou abattus. Mais qu’est-ce qui se passe pour moi ?

Nous sommes arrivés à Nairobi tôt le matin. Ils m’ont montré un petit avion, ils ont dit tu vas monter dans cet avion.

Volé et enlevé

Avant qu’il atterrisse, je pouvais voir de la fumée noire partout. Je pouvais voir des soldats, je pouvais entendre l’artillerie, le bruit des armes. Aussitôt que je suis descendu, deux hommes se sont approchés de moi et m’ont demandé d’ouvrir mon bagage. Quand je l’ai ouvert, ils l’ont pris, j’ai été volé dans l’aéroport.

Les soldats de l’Union africaine des Nations Unies ont vu que j’étais confus, regardant autour, deux hommes marchant avec mes affaires. Ils ont dit que je ne pouvais pas survivre ici, de rentrer d’où je venais. Va à Nairobi et explique à la Haute commission3.
L’avion ne rentrait pas à Nairobi. J’ai pris l’avion pour Berbera4. Quand je suis arrivé à Berbera, un autre homme s’est approché de moi, ils m’ont dit de monter dans un bus. Après quinze minutes, une autre voiture les a suivis et ils ont commencé à accélérer. Ils ont attaché ma tête, ils l’ont recouvert avec quelque chose comme un drap et je ne pouvais rien voir, puis ils ont poussé ma tête vers le sol.

L’autre voiture les a arrêté, les a sortis du bus. Les personnes qui m’ont sauvé ne portaient pas d’uniformes, je pense que c’était des policiers en civil sans uniformes. Je suis arrivé quelque part, je ne sais pas si c’était le commissariat. Ils m’ont interrogé, « Qu’est-ce que tu fais à Berbera ? » Ils m’ont dit « On va te remettre dans l’avion. Sauf si tu viens de [Somaliland] tu dois retourner à Mogadiscio. »

Je suis retourné dans l’avion, et je suis arrivé à Nairobi. Le lendemain, le Haut commissaire du Royaume-Uni m’a appelé, il m’a dit « Je vous ai acheté un billet pour rentrer à Londres ». Il m’a dit « Ils n’auraient pas dû vous renvoyer à Mogadiscio parce que c’est une zone de guerre. Dès que vous arrivez à Londres, contacter votre avocat ». J’ai dit merci.

Quand je suis arrivé à Heathrow, après tout ce que j’ai vécu, ils m’ont mis à Colnbrook. Après deux mois, ils m’ont donné encore une autre date de vol. Je ne pouvais pas y croire. Je l’ai envoyé à la Cour européenne des droits de l’Homme. Ils m’ont répondu par fax en deux heures, ils m’ont suspendu l'expulsion sur la base de l'article 395.

De retour en rétention

Je n’ai pas mangé pendant quatre semaines. J’ai des troubles du sommeil, je ne dors plus bien.

Le Home Office6 vient de m’envoyer le rapport d’étape de 28 jours, c’est toujours la même chose. Pour moi, on m’a oublié ici en rétention. S’il y a des droits de l’Homme, ils ne me garderaient pas 18 mois sans raison. Quelqu’un comprend. J’ai besoin d’explications sur la raison pour laquelle on m’a gardé 18 mois.

1994 – Arrive au Royaume-Uni
1999 – Demande d’asile
2000 – Condamnation pénale
2007 – Détenu
Avril 2008 – Expulsé en Somalie, revient au Royaume-Uni
Août 2008 – Libéré sous caution
Octobre 2011 – Détenu pour la seconde fois

20 ans au Royaume-Uni
Toujours sans-papiers et « non éloignable » en raison de risques de torture et de traitement inhumain et dégradant.

______________________________

1 Centre de détention près de l’aéroport d’Heathrow, à Londres.
2 Les expulsions vers la Somalie passent par Nairobi, au Kenya. De là, le migrant est supposé aller à Mogadiscio, en Somalie.
3 L’équivalent d’une ambassade.
4 Capitale de fait de l’Etat indépendant du Somaliland.
5 Une lettre de la Cour européenne des droits de l’Homme demandant au Royaume-Uni d’annuler l’expulsion.
5 Equivalent du ministère de l’Intérieur en France.

Pour en savoir plus: