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« Je voudrais rentrer dans mon pays, mais je ne peux pas. »

Publié le : 14/01/2014

L’histoire de Michael nigérien de 35 ans vivant en Hongrie


« Cette situation c’est l’enfer, Je voudrais rentrer dans mon pays, j’ai plus de perspectives d’avenir là-bas, mais je ne peux pas. »

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Michael 35 ans, a fui le Nigeria  pour des raisons religieuses. Il est non éloignable étant donné que le gouvernement ne peut pas l’identifier sans ses documents et les autorités nigériennes ne lui permettent pas de revenir. Il a été détenu pendant 11 mois.

Trois ans de paix

Je pense que cet endroit n’était pas ma destination, mais peu importe, j’ai été coincé ici avec ma copine et nous avons eu deux enfants.
Quand je vivais à Budapest, j’avais un befogadott, [l’équivalent d’un titre de séjour temporaire] pendant deux ans, donc je pouvais travailler. D’abord je l’ai eu pour une première année, ensuite il a été prolongé pour une seconde année. Mais un jour, ils ont arrêté de me renouveler, les problèmes ont alors vraiment commencé vous savez. J’ai demandé l’asile, mais ils m’ont enfermé à Békéscsaba [un centre de rétention] pendant un certain temps. C’était terrible. Il y avait tellement de punaises que n’y voyait rien. Ils nous frappait, ce qui nous empêchait de dormir. Du sang et toujours du sang. Ce centre était si insupportable que j’ai dû m’en échapper. Je voulais rester avec ma copine à Budapest. Donc j’ai quitté le centre et je n’y suis pas retourné. La police a alors commencé à me rechercher. Ils sont allés dans la maison que nous partagions avec ma copine et m’ont conduit au bureau de l’immigration. De là-bas, ils m’ont ensuite placé au centre de rétention de Nyírbátor.

Six mois en enfer

À vrai dire, le centre de rétention de Békéscsaba était comme une maison, même si nous n’avions pas la liberté d’aller à l’extérieur. Mais Nyírbátor, ce fut la pire expérience de ma vie. C’était l’enfer vous savez. Même dans les pays africains vous n’êtes pas traité de cette manière là. Les policiers et les agents de sécurité ne témoignaient d’aucune humanité envers nous. Ils disaient toujours qu’ils devaient battre les détenus un tant soit peu pour qu’ils se comportent de « manière convenable ». C’était terrible là-bas.
Nous avions ce tout petit savon pour un, voir deux mois. C’était presque rien. Quelques fois vous entriez dans la salle de bain pour vous laver et ils arrêtaient l’eau chaude d’un coup. C’était une toute petite salle avec juste deux ou trois pommeaux de douche et il n’y avait peut être que 20 minutes pour tout le monde. Imaginez comment c’était.  C’était juste diabolique croyez moi. J’aimerais qu’il ferme ce centre de rétention, je l’espère, beaucoup de personnes souffrent vraiment là-bas.
Après avoir était relâché, j’ai vécu à Budapest pendant cinq ou six mois. Je ne faisais pas grand-chose, de toute façon, je n’avais pas la possibilité de travailler. J’aidais quelques amis ou faisait quelques jobs non déclarés par ci par là. Je ne trouvais pas de travail, donc je ne pouvais pas payer mon loyer. J’étais tout le temps stressé. Vous savez, même si j’avais ces petits jobs ici et là, ce n’était pas assez pour que je puisse rester à Budapest. Donc j’ai décidé de venir ici, et de vivre à Balassagyarmat [centre social]

L’incertitude et l’impossibilité de retourner dans son pays

Je ne suis pas quelqu’un de paresseux vous savez, j’aime bien faire plein de choses. Malheureusement, ici je n’ai pas la possibilité de faire quoique se soit. J’étudiais auparavant pour un diplôme d’ECDL (European Computer Driving License) à Budapest. Mais ces gens ont mis en place des lois interdisant de rentrer au centre après dix heures du soir. Quand J’ai l’impression que j’arrive à m’intégrer, à m’adapter, à me faire une place dans la société, ils créent alors des lois qui m’en empêchent. Tu essaies de faire quelque chose, mais il y a toujours quelque chose d’autre qui finit par te ramener au point de départ.
Cette situation c’est l’enfer. Je voudrais rentrer dans mon pays, j’ai plus de perspectives d’avenir là-bas, mais je ne peux pas.


1978 – Naissance à Zaria au Nigeria
2002 – Demande l’asile, reçoit un titre de séjour temporaire basé sur des raisons humanitaires lui permettant de rester en Hongrie une première année. Puis ensuite une deuxième année.
2003 - 2006 – Vit à Budapest
2006 – Demande l’asile, est détenu pendant 5 mois. Transféré au centre ouvert de Debrecen, mais fui à cause de graves problèmes d’hygiène dans le centre, il part sans permission et revient à Budapest pour vivre avec sa femme et ses enfants là-bas.
2007 – Vit à Budapest pendant six mois
2008 – Enfermé pendant 5 mois et 20 jours
2010 – Demande l’asile. Part volontairement au centre social ouvert de Balassagyarmat, un centre spécial pour les étrangers qui ont dépassé la durée maximum d’enfermement et sont non-éloignables et impossible à emprisonner.

12 ans en Hongrie
Toujours sans papier et non éloignable pour des raisons administratives.

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