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Stratégies pour favoriser l’intégration des femmes en Europe

Publié le : 10/06/2010

Une voix pour les femmes migrantes en Europe

Depuis quelques années, on assiste à une prise de conscience progressive des institutions européennes concernant l’intégration des femmes migrantes. Ainsi, en novembre 2008, les Etats membres de l’Union européenne ont affirmé que « dans le cadre des politiques visant à promouvoir les droits des femmes, les discriminations et violences que peuvent subir les femmes immigrées, profondément contraires aux valeurs de l'Union européenne, nécessitent une vigilance particulière et des actions spécifiques. »1


Quatre stratégies pour favoriser l’intégration

En dépit de cette évolution, la mobilisation en faveur des femmes migrantes varie d’un pays à l’autre. On observe un clivage entre les anciens pays d’immigration et les pays d’accueil plus récents. Dans les premiers, de nombreuses associations de femmes migrantes s’efforcent de promouvoir leur cause et de favoriser l’intégration. Dans les seconds, en revanche, il existe peu d’associations spécifiques voire aucune.


En général, les actions en faveur des femmes migrantes procèdent de quatre stratégies. La première passe par des services directs. Il peut s’agir de permanences de secours en cas de violences conjugales, de dispositifs favorisant l’accès aux soins pour les migrantes en situation irrégulière, d’un accompagnement socioprofessionnel ou d’actions permettant aux personnes de développer des liens avec des compatriotes et membres de la société d’accueil. Certaines actions s’avèrent, par ailleurs, transversales c’est-à-dire qu’elles concernent différents aspects (emploi, apprentissage linguistique, lien social, etc.). C’est le cas, par exemple, de l’action Women’s world menée au Royaume-Uni depuis 2007. Le programme interculturel de la ville de Craigavon (Ulster), où le projet prend place, fournit une approche holistique avec un service de soutien, d’information, d’accompagnement des personnes et de coordination des services d’insertion à travers des groupes de travail et avec un interprète référent.


La deuxième relève du plaidoyer. Le Lobby européen des femmes (LEF) mène ainsi une action destinée à impliquer davantage les institutions européennes concernant les persécutions liées au genre, les mutilations sexuelles et les discriminations que subissent les migrantes.


La troisième a pour vocation de changer le regard porté sur ce public. Il existe ainsi de multiples formes de sensibilisation qui tentent de modifier la perception des migrantes par la société d’accueil. A Marseille, par exemple, le Forum femmes méditerranée organise des concours d’écriture de nouvelles ou de photographies pour les migrantes issues du bassin méditerranéen et qui visent à mettre en valeur des œuvres rompant avec les idées reçues sur ce public.


Enfin, la quatrième stratégie passe par la création d’organisations spécifiques afin que les femmes migrantes puissent se faire entendre.


Un lobby européen des femmes migrantes

Parallèlement au LEF, se met en place, conformément à la quatrième stratégie, un lobby spécifique : le réseau européen des femmes migrantes, qui sera officiellement lancé le 18 juin 2010. Celui-ci a émergé suite aux revendications des associations de femmes migrantes à l’occasion du séminaire « Mêmes droits, même voix », organisé en janvier 2007 à Bruxelles par le LEF. Comme l’explique Amandine Bach, chargée de politiques et coordinatrice de projets au LEF : « les associations exprimaient le désir d’échanger, de communiquer et de défendre collectivement leurs droits. Nous les avons aidées à mettre en place un réseau européen. Nous apportons nos contacts, notre expertise, tandis qu’elles nous font remonter les problèmes de terrain. Un financement de l’EPIM2 nous permet d’apporter un soutien. »


Fort de ces douze plateformes nationales, ce réseau prend de l’ampleur. Concrètement, il organise une réunion annuelle et définit des positions et stratégies communes, d’après quatre principaux objectifs : promouvoir l’égalité de traitements, de droits et une meilleure intégration des femmes en Europe ; contribuer au développement des politiques européennes ayant un impact positif sur la vie des femmes ; favoriser la diffusion des politiques sociales et la mise en œuvre d’actions s’adressant aux femmes ayant des besoins spécifiques ; représenter les membres du réseau et faire pression en faveur de la cause des femmes migrantes ; soutenir les organisations et mouvements de femmes migrantes par des actions d’information et de formation. Une présidente est élue par les représentantes des différentes associations membres. Actuellement, il s’agit de Virginia Wangare Greiner de l’association Maisha E. V. basée en Allemagne.


Désormais, les femmes migrantes disposent d’une voix qui parle en leur nom. Ainsi que le signale Amandine Bach : « avoir un réseau européen des femmes migrantes c’est vraiment une valeur ajoutée. » Reste à savoir si le fait d’être écoutées signifiera pour les migrantes d’être entendues. L’avenir le dira.

 

[1] Conférence ministérielle européenne sur l'intégration, Vichy, les 3 et 4 novembre 2008, p. 6-7.

[2] European Programme for Integration and Migration. Il s’agit d’une initiative du Réseau des foundations européennes (NEF).