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Immigration : « On est très éloigné de ce que prônait le Président en 2017 »

libération net

Pierre Henry, de France terre d’asile, qui a soutenu Macron lors de la présidentielle, estime que « le compte n’y est pas ».

Directeur général de France terre d’asile, qui opère notamment pour le compte de l’Etat dans les centres d’hébergement pour demandeurs d’asile ou dans les campements, Pierre Henry avait apporté son soutien au candidat Macron en 2017.

 

Comment envisagez-vous ce débat au Parlement ?

Avec une certaine inquiétude. Lors de sa préparation, on a assisté à un recyclage des idées les plus farfelues ou les plus extrêmes exprimées par des courants populistes, qu’il s’agisse de la réforme de l’aide médicale d’Etat, des propositions de réforme du regroupement familial, des propos sur les fraudes supposées des demandeurs d’asile… Il y a donc une grande inquiétude, mais en réalité moins sur le débat, dont il ne sortira à mon avis pas grand-chose, que sur la suite.


Quels infléchissements de la politique migratoire souhaitez-vous ?

Ce qui paraît essentiel, c’est de travailler à la question du dispositif du premier accueil sur l’ensemble du territoire. Au niveau de l’hébergement, l’accueil doit être inconditionnel. Toute politique doit commencer par la dignité. La dignité, c’est de dormir en sécurité, être orienté en confiance vers les dispositifs, voir ses droits fondamentaux respectés. Cet humanisme n’est pas naïf, il est conforme aux valeurs de notre République. Il y a aussi le sujet des politiques européennes, qui sont pour l’instant un échec. Les relations avec la société civile et les associations sont aussi fondamentales. Partout en Europe, les courants populistes progressent. Nous sommes dans une bataille culturelle, cela suppose qu’on ait les idées claires.


Le gouvernement dit qu’on ne parle pas assez d’immigration et qu’il ne faut pas laisser le sujet au RN. Que dites-vous de cet argument ?

Ce n’est pas vrai, on en parle en permanence ! Par contre, ce dont on ne parle pas, c’est de l’évaluation des politiques publiques. On empile les lois sans jamais les évaluer, on ne fait que durcir le paysage sans répondre aux situations. Sur le terrain, les travailleurs sociaux sont confrontés à une perte de sens, c’est de plus en plus tendu. Dans le débat, les idées complexes sont soumises à la simplification à outrance. Si en plus les politiques alimentent par des approximations et fausses rumeurs la machine à faire peur, cela ne sert qu’à fabriquer du ressentiment. Ne pas laisser le débat à l’extrême droite, c’est aussi avoir le courage de prendre les bonnes décisions et de ne pas faire de l’immigré le bouc émissaire.


Vous aviez soutenu Macron lors de la présidentielle. Où en êtes-vous aujourd’hui ?

J’avais fait une analyse politique en 2017 qui m’a amené à exprimer ce choix à titre personnel. Deux ans après, je peux dire que manifestement, le compte n’y est pas. Je suis dans une profonde incompréhension de ce que souhaite véritablement faire aujourd’hui le Président. Je me souviens qu’il louait les vertus d’Angela Merkel… On en est très éloigné aujourd’hui. Il y a pour ma part une grande déception.

Libération, par Kim Hullot-Guiot, le 6 octobre 2019