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Le ministre Besson : idées et engagements

Besson monte la garde


L'ex-socialiste, devenu ministre de l'Immigration et dirigeant de l'UMP, assume son rôle de gardien de la droite et des frontières. En revenant de Lampedusa, l'île symbole de l'immigration clandestine, Eric Besson se détend: "Je me lâche!" Dans ce jet privé qu'utilise habituellement son homonyme Luc Besson, la phrase sonne plutôt comme une envie de conquêtes.


Après cette première campagne électorale en tant que secrétaire général adjoint à l'UMP, Eric Besson n'a plus de retenue. Il est chez lui à droite, dans le parti du Président, un de ses leaders, à part entière. "Je ne veux plus être le politologue spécialisé du PS", jure-t-il. Vraiment? Il ne boude pas le plaisir de gloser sur la déroute de ses ex-camarades, et moque Aubry, "elle ne veut rien changer chez eux, elle travaille pour nous!".

Heureux comme Besson? Cette semaine, à l'issue du Conseil des ministres, dont il s'éclipse généralement rapidement, la tête baissée, il a pris son temps pour répondre aux journalistes. Il veut relancer les Progressistes, son embryonnaire parti politique, en fait un club de réflexion. En septembre, il a l'intention de s'engager plus activement au sein de l'UMP, sur le fond. Xavier Bertrand lui a confié "l'avenir des Français", Besson va faire phosphorer les 11 secrétaires nationaux qu'il encadre. "En arrivant au ministère de l'Immigration, je me suis immergé dans mes dossiers. J'avais peu de temps pour autre chose. Je suis un besogneux assumé."

Les nuances de l'ouverture


Samedi, le ministre était en voyage d'étude dans l'île la plus méridionale d'Europe, un bout de terre aride et rocailleux dans les eaux turquoise de la Méditerranée. C'est là, à 355 km des côtes libyennes, que débarquent les clandestins en provenance d'Afrique. Le ministre a pris le temps de visiter le centre d'identification et d'expulsion qui a vu passer 31 000 clandestins en 2008. Pourtant, samedi il était vide. Depuis la signature d'accords entre la Libye et l'Italie, il y a quelques semaines, le flux des arrivées a ralenti. Contre une aide financière de l'Europe (20 millions d'euros), Khadafi s'est engagé à mieux surveiller ses côtes et à retenir sur son sol les clandestins, subsahariens pour la plupart. Pour combien de temps? Dans quelles conditions? Eric Besson, homme de gauche et d'ouverture, n'a pas de réponse. Pour l'instant, il doit endosser son armure de gardien des frontières. Il se définit comme humaniste. Il aimerait développer davantage les politiques d'intégration. Mais dans le ministère que Sarkozy lui a confié, pour brouiller un peu plus les cartes à gauche, pour que lui gagne ses galons à droite, Besson doit se plier aux réalités policières.

A Lampedusa, il a insisté pour tout voir, les plages où les embarcations arrivent, le poste de douane, les responsables de l'organisation du centre. Son objectif est de visiter tous les points chauds de l'immigration en Europe occidentale. Il a commencé par aller au sud des Etats-Unis à la frontière avec le Mexique. Il s'est rendu à Calais et a promis de fermer la "jungle", où se cachent les migrants en partance pour la Grande-Bretagne. A la fin du mois de juin, il compte se rendre à Malte, puis à Chypre. Dans quelques semaines, les Tchèques abandonnent la présidence de l'Union européenne aux Suédois. L'immigration, et notamment l'asile, va revenir au centre des préoccupations de l'UE. Berlusconi et Sarkozy doivent en faire l'un des thèmes phares du prochain Conseil européen, les 18 et 19 juin.

Besson commence à définir ses priorités. Il veut que le débat sur l'asile se recentre sur la Méditerranée. "Ces pays font face à une pression terrible et, au cours de la prochaine décennie, elle ne cessera de croître. Nous devons les aider." Il parle partage du fardeau, harmonisation du droit d'asile en Europe, amélioration des critères européens... Avant Lampedusa, le ministre s'est arrêté à Rome pour rencontrer le ministre de l'Intérieur de Berlusconi, Roberto Maroni, un homme de la Ligue du Nord, qui collectionne dans son bureau du Quirinal les statuettes d'éléphant et les calendriers avec des jeunes femmes court vêtues. Maroni est l'auteur d'une loi particulièrement restrictive en matière d'immigration. Son texte prévoit notamment de prolonger la rétention de deux à six mois. Avec lui, Besson s'est essayé à quelques confidences footballistiques: "Vous devez être attaquant. Moi je joue à l'arrière." Les nuances de l'ouverture.

Marie-Christine Tabet
Le Journal du Dimanche, 15/06/2009