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Mayotte - Le Secours catholique accueille les demandeurs d’asile africains


Après leur expulsion programmée de leur campement devant les grilles de la Préfecture, les demandeurs d’asile africains se sont retrouvés à la mission catholique. Si la méthode pour faire aboutir leur revendication est contestable et contestée par une partie d’entre eux, une partie de leur revendication n’est pas insurmontable.

Les demandeurs d’asile qui avaient passé leur première nuit devant les grilles de la Préfecture, nous demandant d’intercéder auprès des services pour obtenir l’accès aux sanitaires de la Préfecture… ont été délogés hier matin par la Police.

« Nous avions été prévenu de cette intervention par le Capitaine Chammassy qui nous a évacués sans heurt. On ne peut pas en dire autant de tous les policiers qui étaient là et qui nous ont malmenés, une personne ayant perdu ses lunettes de vue dans la bousculade » explique Abdallah, l’ex président de la Communauté des rwandais. C’est justement ce que refusait Augustin, le président en exercice, en ne rejoignant pas ce mouvement, « tout en partageant leur cause, je ne cautionne pas les moyens utilisés : nous venons de la région des Grands lacs (Rwanda, Burundi, République démocratique du Congo, ndlr) où nous avons tous eu à subir des violences. Or une manifestation peut à tout moment basculer dans cette violence, surtout que plusieurs d’entre nous sommes fatigués ».

Après vérification des récépissés, titre provisoire de séjour, les policiers ont laissé partir les manifestants, non sans avoir auparavant jeté leurs matelas à la poubelle selon Abadallah : « l’un d’entre nous est reparti au commissariat pour demander son matelas, pour ses 2 enfants. Les policiers ont répondu qu’ils s’en fichaient, et notre ami s’est alors jeté de désespoir contre le mur, se fendant la tête. Il est actuellement à l’hôpital. Un autre demandeur d’asile a tenté de se suicider avant notre manifestation de lundi en absorbant du poison, il est également à l’hôpital ».

« Attendre… jusqu’à quand ? »

Alors pourquoi ce refuge au Secours catholique, outre sa vaste cour ? « Je suis à Mayotte depuis 4 ans » répond Abdallah (*), « et en dehors du fait que le Secours catholique nous a toujours très bien accueillis, même quand ils n’ont rien pour nous ils le disent gentiment, nous voulions un endroit pour nous rassembler car la Police nous a divisés ». Précisons que Solidarité Mayotte, qui s’occupe également des demandeurs d’asile, a déposé plainte contre lui pour diffamation il y a plusieurs mois. Il n’avait donc d’autres choix, surtout que le Père Vincent de la paroisse Notre Dame de Fatima les a accueillis « nous allons partager le peu que nous avons » dixit Abdallah, en leur précisant toutefois qu’ils ne pourraient pas rester au-delà de dimanche. Et comme le rajoute avec malice Abdallah, « selon les principes de l’Eglise Catholique, on ne peut chasser les réfugiés ».

Alors qu’au Secours Catholique, toutes les activités d’accueil ont été suspendues comme l’alphabétisation de jeunes non scolarisés, les dirigeants considèrent que le lieu, privé et en dehors du regard public, n’est pas le plus propice pour une médiatisation de la revendication.

D’autre part, Christophe Vénien, le délégué du secours catholique pour Mayotte tient à souligner dans un communiqué aux médias que le Secours catholique ne touche aucune aide de l’Etat français.

« Nous attendons une proposition de la part de la Préfecture » répond Abdallah. Rappelons que les réfugiés demandent outre le droit au logement et à la restauration, l’autorisation de travailler au bout d’un an de présence à Mayotte, ce qui est possible en métropole. Mais à l’image des autres domaines, la départementalisation n’est que progressive. Cette autorisation de travail ne priverait pourtant pas les mahorais d’emploi, tant les employeurs demeurent réticents à employer des personnes qui peuvent à tout moment obtenir le statut de réfugié et partir en métropole.

Malango actualité, le 4/02/2011