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Portraits de réfugiés

Ces portraits ont été réalisés dans le cadre de l'exposition: "Portraits de réfugiés".
Le projet a bénéficié du soutien du FONJEP et de la Métropole de Rouen.

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Texte : Thomas Dubois
Illustration : Livio Fania

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Mohammed Samsu, 27 ans, bangladais

Célibataire et sans enfants, Mohammed habite en France depuis avril 2014, après avoir fui le Bangladesh. Il ne souhaite pas trop s’étendre sur les raisons de ce départ et sur les circonstances de son arrivée dans notre pays. Cela remue trop de mauvais souvenirs chez lui. Tout juste évoque-t-il des questions liées “à la politique”.

Dès son arrivée en France, très motivé par sa volonté d’intégration, Mohammed s’est mis en tête de travailler. “Il n’était pas question pour moi de rester à la maison. Au début, je déposais plein de CV dans les restaurants, mais personne ne m’acceptait car  je ne savais pas parler français.”

Qu’à cela ne tienne : par le biais de France terre d’asile, Mohammed s’est lancé dans l’étude intense du français dans un centre de formation : jusqu’à 400 heures d’apprentissage ! La détermination et les efforts ont rapidement payé : dès 2015, Mohammed a enfin pu travailler, comme salarié dans plusieurs restaurants asiatiques. Jusqu’à ce que lui prenne l’envie d’aller encore plus loin. “Je me suis dit : si je travaille pour d’autres, pourquoi je ne le ferais pas pour moi ?”, raconte-t-il.

C’est ainsi que Mohammed est devenu le patron de son propre restaurant (de spécialités japonaises et thaïlandaises) à Rouen, l’année dernière.  Il y dirige trois salariés, eux mêmes réfugiés, qu’il a connu sur la route de l’exil et qu’il aide également dans leurs démarches en France. Lui s’occupe de la gestion comme de la cuisine. “Ca marche très très bien”, sourit Mohammed. A tel point qu’il envisage même d’ouvrir un deuxième restaurant, toujours à Rouen.

“La France m’a donné une chance en me permettant de travailler”, insiste Mohammed, qui exclut tout retour au Bangladesh. Il lui reste encore un objectif, qui lui tient particulièrement à coeur : obtenir la nationalité française. Pour cela, il devra encore perfectionner son français pour atteindre le niveau B1, le niveau de langue officiellement requis pour être naturalisé.

Cette semaine, à l'occasion de la semaine de l'intégration, découvrez chaque jour un nouveau portrait!

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Tiamane, 20 ans, ivoirien

Tiamane est âgé aujourd’hui de 20 ans et vit à Caen. Mais lorsqu’il est arrivé en France, il n’en avait que 16. Il était alors considéré comme un mineur isolé étranger (ou mineur non accompagné) : c’est-à-dire qu’il ne disposait d’aucune autorité parentale, ou représentant légal, sur le sol français. Dans notre pays, ces enfants doivent être pris en charge par l’ASE, Aide sociale à l’enfance, gérée par les Départements.

France terre d’asile intervient aussi tout particulièrement auprès des mineurs isolés. Tiamane, qui est arrivé à Caen (Normandie) après avoir fui la Côte d’Ivoire pour des raisons familiales, a pu compter sur l’association pour bénéficier d’un hébergement et être rapidement scolarisé.

Tiamane s’est d’abord retrouvé dans un lycée professionnel, pour suivre une formation de plombier. « Mais je me suis aperçu que je  ne voulais pas faire ce métier », raconte-t-il. « Mon projet, c’était plutôt d’évoluer dans le médico-social. » Mission réussie : aujourd’hui, Tiamane travaille comme auxiliaire de vie sociale dans une résidence pour personnes âgées, et il envisage maintenant de devenir aide-soignant.

« J’ai l’impression que les personnes âgées me donnent beaucoup plus que ce que je peux leur donner », sourit-il. Malgré les épreuves qu’il a pu traverser si jeune, Tiamane est animé par un incroyable esprit de solidarité. A Caen, il s’est engagé comme bénévole auprès de la Croix-Rouge, jusqu’à devenir responsable de la distribution alimentaire durant le premier confinement en 2020. Même le racisme, qu’il a dû affronter au lycée (et qui l’a un temps perturbé) ne l’a pas dissuadé de s’ouvrir aux autres.

« Je tiens ça de l’éducation de ma mère », confie le jeune Ivoirien. « Et je crois au karma. Je suis convaincu que l’on attire le bien en faisant le bien. » Et si Tiamane devrait logiquement passer les prochaines années de sa vie en France, où il est aujourd’hui parfaitement intégré, il n’exclut pas de retourner un jour en Côte d’Ivoire, « pour y aider les autres ».

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Walat, 40 ans, kurde syrien

Walat vit en France comme réfugié politique depuis mars 2016, avec sa femme et ses quatre enfants. Il a dû fuir la Syrie à cause de la guerre civile qui a ravagé le pays. En tant que journaliste-reporter pour une chaîne de télévision proche de l’opposition au pouvoir de Bachar Al-Assad, il n’était plus en sécurité. Il a quitté son pays en 2014, précisément le jour où les terroristes du groupe Etat islamique (ou Daech) ont attaqué sa ville, Kobané (nord de la Syrie, à la frontière turque).

Après un passage par la Turquie, Walat est arrivé d’abord dans la ville de Gap (Hautes-Alpes), avant de venir à Rouen (Seine-Maritime), partir sur Nancy (Lorraine) puis revenir finalement à Rouen, une ville où ses enfants se plaisent beaucoup. Tous (trois filles et un garçon, âgés de 6 à 13 ans) parlent français couramment, et Walat n’envisage pas leur avenir en dehors de la France, désormais. “Ici, je peux garantir leur futur et leur sécurité !”

Lui aussi voit son futur en France. “En France, je peux avoir des projets. Il y a les lois, les droits, la justice… Vous avez le droit de parler, de travailler, de faire plein de choses. J’apprécie tout en France, et je compte y rester jusqu’à la fin de ma vie !” A Rouen, grâce à France terre d’asile, Walat a pris des cours de français – une langue qu’il aime beaucoup mais qu’il trouve très difficile ! - et noué des liens, notamment avec un journaliste rouennais dans le cadre du programme de parrainage “Duos de demain”, ce qui lui a permis de faire un stage au sein du quotidien régional (Paris-Normandie). “J’aime bien être en contact avec la population locale, mais je sais que les Français travaillent beaucoup et n’ont pas toujours le temps pour m’accompagner”, sourit-il. 

Actuellement, Walat enchaîne les petits boulots grâce à la solidarité de la communauté kurde sur la région de Rouen, car il ne maîtrise pas encore suffisamment notre langue pour travailler comme correspondant étranger en France et redevenir reporter. Cela reste son principal objectif et il espère décrocher une bourse afin de poursuivre une formation plus intense en français.

Cette semaine, à l'occasion de la semaine de l'intégration, découvrez chaque jour un nouveau portrait!

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Mary, 41 ans, arménienne

Cela fait dix ans que Mary vit en France, à Rouen. Elle y est arrivée, veuve depuis peu et en compagnie de sa fille encore bébé, après avoir fui l’Arménie. Comme d’autres, elle n’aime pas évoquer les raisons de cet exil douloureux, contraint par le “danger” qui menaçait sa famille et qui, selon elle, persiste toujours là-bas.

Ainsi, les débuts en France n’ont pas été faciles. “Je ne parlais pas un mot de français, même pas “bonjour”, ni “au revoir”. Et quand on ne comprend rien, dans un pays que l’on ne connaît pas, au départ on ne sait pas quoi faire…” Mais petit à petit, Mary et sa petite fille ont été orientées vers France terre d’asile. “Avec le soutien de l’équipe, on a réussi à faire nos démarches administratives, ils nous ont aussi aidé à trouver un hébergement pour rester au calme et nous reposer. Au début, je stressais beaucoup quand je laissais ma fille toute seule à l’école.”

Mais dans l’appartement qu’occupe aujourd’hui Mary à Rouen, ces souvenirs éprouvants semblent bien loin. “Ici, je me sens protégée , je ne stresse plus, je suis au calme.” Sa fille, elle, est une collégienne appliquée, en classe de 6e. “Elle parle couramment français et arménien”, précise sa maman.

Et c’est avec de larges sourires que Mary évoque le métier qu’elle occupe depuis maintenant sept ans. “Je suis animatrice dans une école maternelle, à la garderie du soir, etc. Et ça aussi c’est avec l’aide de France terre d’asile, qui a fait une lettre à la mairie. J’ai été acceptée alors que je ne parlais pas très bien français. Heureusement, avec les tout petits, ce n’est pas encore trop grave (rires) ! C’est merveilleux de travailler avec les enfants !”

Et lorsqu’elle ne travaille pas, Mary donne du temps pour accompagner les familles étrangères qui rencontrent des difficultés, notamment en servant parfois de traductrice. Un juste retour des choses, selon elle. “J’ai rencontré des gens merveilleux à France terre d’asile. Je passe souvent dire bonjour aux équipes dans les bureaux. Ils ont été là pour moi quand j’en ai eu besoin, et ça, je ne peux pas l’oublier !”

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Rasheed, 38 ans, kurde syrien

Marié et père de deux jeunes enfants (un fils de 4 ans et une fille d’1 an et demi), Rasheed Jamal est arrivé récemment en France, en 2019, après avoir passé cinq ans en Turquie. Il a fui auparavant la guerre en Syrie, en 2014, lorsque les terroristes du groupe islamiste Daech ont attaqué sa région.

En France, Rasheed n’est pas arrivé en terrain totalement étranger. Homme de lettres, poète et philosophe, il cite Rimbaud et Baudelaire parmi nos auteurs nationaux de référence, mais aussi Sartre, Rousseau ou encore Pascal côté philosophie.

Lui-même a écrit plusieurs recueils de poèmes, dont le dernier l’a été en France en 2020 (il a été ensuite édité et imprimé en Jordanie). Mais il faudra encore patienter avant de pouvoir apprécier son talent traduit en français. Peut-être Rasheed s’en chargera-t-il une fois qu’il maîtrisera suffisamment la langue de Molière ?

Ce dernier ne s’en cache pas : malgré les premières tentatives d’apprentissage sur Youtube puis les cours dispensés par le biais de France terre d’asile, il éprouve encore beaucoup de difficultés à se familiariser avec le français. Et malgré le fait d’avoir acquis le niveau A2 (considéré comme intermédiaire, ou usuel, dans la classification établie à l’attention des réfugiés et demandeurs d’asile), la présence d’un traducteur est encore requise pour recueillir son témoignage.


Il faut dire que depuis son arrivée en France, plus précisément en Normandie, il y a à peine deux ans, Rasheed a déménagé à plusieurs reprises. D’abord accueilli à Dieppe, sur les côtes de la Manche, où il a profité d’un formidable élan de solidarité local, il a depuis emménagé à Maromme, près de Rouen. Avec tout cela, pas facile de prendre le temps d’apprendre.

 

Mais l’écrivain ne désespère pas de progresser suffisamment pour pouvoir un jour traduire en kurde et en arabe les textes de Sartre et Rousseau (il travaille actuellement sur un livre d’analyse de leurs écrits). Et, par la même occasion, faire découvrir aux Français la prose de ses compatriotes kurdes.

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Liana, 18 ans, française et fille de réfugiés arméniens

Liana est Française, elle habite à Sotteville-lès-Rouen, dans la banlieue de Rouen en Normandie. Comme son frère et sa soeur, elle est née alors que ses parents, Nelly et Hamlet, étaient déjà arrivés dans notre pays. Ils s’y sont installés en 2001, après avoir fui l’Arménie, “pour que l’on puisse vivre dans de bonnes conditions”, raconte-t-elle. “L’Arménie est un pays assez pauvre, ou les études auraient été très compliquées pour nous.”

Son père, Hamlet, travaille comme artisan dans le bâtiment. Il arrive que France terre d’asile sollicite ses services, lorsqu’il est nécessaire de faire des travaux dans les logements mis à disposition de demandeurs d’asile ou de réfugiés.

En France, “mon avenir peut-être celui dont j’ai rêvé”, estime pour sa part Liana. Quels sont-ils, ses rêves ? “Devenir une femme indépendante, pouvoir travailler, vivre dans une situation financière stable.”

Pour autant, bien qu’elle n’ait pas connu le pays de ses parents, Liana se sent l’héritière de son histoire, de sa mémoire parfois douloureuse. “Je viens d’un pays qui a énormément souffert, qui a vécu un génocide… Ce sont des choses qui restent ancrées en nous. Je parle arménien, je mange arménien, je me sens Française ET Arménienne.”

Tous les ans, Liana et sa famille commémorent d’ailleurs “la mort de nos ancêtres”, le 24 avril, date qui a été décrétée journée nationale du souvenir du génocide arménien, survenu il y a un peu plus d’un siècle. Rêve-t-elle de se rendre un jour, justement, dans le pays de ses ancêtres ? “Honnêtement, oui et non. Oui, parce que j’ai de la famille là-bas… Et non, parce que les conditions là-bas sont encore très difficiles.”

Après avoir passé le bac en juin dernier, Liana envisage des études de droit. “La France m’a accueillie et m’a donnée une chance de pouvoir réussir”, insiste-t-elle. “Je suis fière d’être française, et je sais que c’est aussi une grande fierté pour mes parents, qui ont eu la chance de trouver une vie meilleure ici.”