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Au centre d’accueil des demandeurs d’asile à Créteil, la vie en suspens

Publié le : 16/09/2015

 la croix

Environ 25 000 réfugiés trouvent une place en Centre d’accueil de demandeurs d’asile (CADA). Reportage.



Au centre d accueil des demandeurs d asile a Creteil la vie en suspens article mainFRED DUFOUR/AFP
Des réfugiés chrétiens venus d’Irak sont logés au CADA de Créteil.

Ils y reçoivent un accompagnement social et administratif, le temps d’obtenir leur statut ou d’être débouté.

Des centres d’accueil précaires

Le pas est rapide, la poignée de main énergique, le temps visiblement précieux. Ce matin de septembre, dans le centre d’accueil de demandeurs d’asile (CADA) de Créteil (Val-de-Marne), Lenka Middelbos voltige d’un rendez-vous à l’autre, de chambres en bureaux. Infatigable, la responsable adjointe d’établissement ne marque le pas que pour saluer là un résident, ici un membre du personnel. Au propriétaire du bâtiment, venu pour évaluer la nécessité de repeindre certaines pièces, elle lance un avertissement : « Il y a toujours des gens ici, il faudra faire avec pendant les travaux. »

De fait, le CADA de Créteil ne désemplit jamais depuis qu’il a accueilli ses premiers réfugiés, en 1991. À l’époque, le gouvernement d’Édith Cresson supprime le droit au travail des demandeurs d’asile. « À partir de là, il a fallu prendre en charge ces personnes qui ne pouvaient plus s’en sortir par leurs propres moyens », explique Lenka Middelbos. L’établissement de Créteil, qui avait servi de lieu de transit aux boat people après son ouverture en 1975, est le premier à expérimenter une nouvelle forme d’accueil. Géré par France Terre d’Asile, le centre est conçu pour prendre en charge des séjours longs.

Aujourd’hui, il peut accueillir environ 45 familles, soit 170 personnes. Le taux d’occupation, à Créteil comme dans les 269 autres CADA de France, est de 98 % ; la longueur de la liste d’attente ne laisse aucun répit. Tous les résidents ont déposé une demande d’asile à l’Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) et attendent une réponse, censée tomber dans les six mois. « En moyenne, c’est trois fois plus », indique Lenka Middelbos.

En attendant, il faut s’accommoder des chambres étroites d’un bâtiment qui n’était, au départ, qu’un foyer de jeunes travailleurs. Faire avec les cuisines collectives, les sanitaires partagés et la peinture écaillée au plafond. « C’est une vie de foyer, pas une vie d’intimité, souligne Frédéric, qui aide les demandeurs d’asile dans leurs démarches juridiques. Pour certains, notamment ceux qui avaient une bonne situation dans leur pays d’origine, c’est très dur à vivre. »

Préparer les réfugiés à leur sortie

Tout l’enjeu de l’accueil en CADA est d’arriver à accompagner au mieux les réfugiés tout en préparant leur sortie. La scolarisation des enfants est la priorité absolue. Viennent ensuite le montage des dossiers pour la couverture maladie universelle (CMU), le suivi psychologique en cas de besoin et l’apprentissage du français aux adultes. Bruno Smith assure ainsi des cours quatre fois par semaine à des groupes d’une dizaine de personnes répartis en trois niveaux différents. Il y a quinze ans, il a quitté l’éducation nationale pour enseigner et offrir son large sourire ici, à plein-temps. « Il n’y a rien de plus gratifiant que de voir l’un de mes élèves revenir, quelques années après, pour me dire qu’il s’est intégré. »

Encore faut-il convaincre les adultes de se présenter dans sa classe. Car, Bruno Smith le sait, il est parfois difficile, lorsque la vie est mise entre parenthèses, suspendue à une décision de l’OFPRA – ou de la Cour nationale du droit d’asile en cas de recours – de se projeter vers l’avenir. « Il y a des gens pour lesquels il est impossible d’apprendre le français alors qu’ils ne savent pas s’ils vont obtenir ou non leur statut de réfugié. »

Envisager l’« après », c’est aussi le travail de Charlène Psomas. Dans son bureau dont la porte est recouverte de dessins et de messages affectueux de résidents, l’assistante sociale mène des batailles silencieuses. Transférer ceux qui ont obtenu leur statut en centre provisoire d’hébergement, chercher une autre voie de régularisation avec les déboutés, éviter que les sortants ne se retrouvent à la rue… « Généralement, on trouve des solutions, mais nous ne sommes pas magiciens », souffle la jeune femme. Pourtant, pour cette femme congolaise et ses quatre enfants qui ont trouvé une place à Tours, pour cette famille guinéenne relogée in extremis à Rouen, « Madame Charlène » a bien dû accomplir « quelques miracles ».

Margaux Baralon, La Croix, le 16/09/2015