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Mineurs étrangers isolés : «Il faut relâcher la pression sur le Pas-de-Calais»

le figaro

INTERVIEW - La Maison du jeune migrant, à Saint-Omer, est un dispositif d'hébergement d'urgence pour les mineurs étrangers isolés de Calais. Faute de place, elle abrite aussi des mineurs disposant déjà d'une protection, ce qui engorge le dispositif, explique Jean-François Roger, directeur départemental de France Terre d'Asile.

 

La Maison du jeune migrant à Saint-Omer a vocation à héberger les mineurs étrangers isolés. Ils y sont reçus quelques semaines, le temps d'examiner leur situation et de les orienter vers la structure la mieux adaptée. Mais ce système d'hébergement provisoire s'enraye face au nombre de mineurs à gérer dans le département du Pas-de-Calais qui fait face au «manque de solidarité» nationale, estime Jean-François Roger, directeur départemental pour France Terre d'Asile.


LE FIGARO. - Combien de mineurs isolés étrangers (MIE) accueillez-vous chaque année à Saint-Omer?

Jean-François ROGER. - Le chiffre est en constante augmentation depuis la création du centre en 2012. En juillet 2017, nous en avons déjà reçu 1542, contre 1422 sur l'ensemble de l'année 2016. Nous sommes passés de 30 à 80 places d'hébergement à l'hiver 2016, mais c'est insuffisant. Depuis le démantèlement de la jungle en octobre 2016, nous sommes devenus le seul dispositif d'hébergement d'urgence sur tout le Calaisis.

Notre mission première, c'est de mettre à l'abri les jeunes identifiés en maraude. Mais dans les faits, nous devons aussi recevoir les MIE qui disposent déjà d'une mesure de placement, ce qui sature le dispositif. Ils nous sont envoyés par d'autres départements dans la cadre de la répartition nationale qui fixe un quota d'accueil de MIE pour chaque département.


Chaque département a donc un quota de mineurs étrangers à accueillir. Comment a-t-il été fixé?

Ces quotas ont été fixés en 2013 par une circulaire émise par Christiane Taubira. Le ministère de la Justice a établi une clé de répartition des MIE sur des critères démographiques ; il a considéré que plus la moyenne d'âge du département était jeune, plus il disposait des structures d'aide à l'enfance nécessaires pour accueillir les mineurs isolés étrangers, en plus des mineurs français. Or, il s'avère que le Nord est le département le plus jeune de France, et le Pas-de-Calais arrive en cinquième position. À ce titre, notre département doit accueillir 2,5% des MIE chaque année. Cela devrait représenter 300 jeunes en 2017, contre 150 en 2016.

 

Pourquoi contestez-vous ce mode de répartition?

Parce qu'il ne prend pas en compte la situation du Pas-de-Calais qui est très particulière. En dehors de Paris, aucun autre département ne doit faire face à un tel nombre de MIE à mettre à l'abri au quotidien. D'autant qu'il est particulièrement difficile de les stabiliser ; 80% des jeunes que nous prenons en charge quittent la structure et retournent à Calais. Mais, à ceux-là, s'ajoutent les mineurs que les autres départements nous envoient. Actuellement, il ne se passe pas un jour sans que l'on nous envoie un mineur avec une ordonnance de placement. Résultat: la moitié des places de notre structure d'hébergement d'urgence sont occupées par des jeunes qui sont censés intégrer des structures d'hébergement pérennes.


Quelle serait la solution pour libérer vos places d'hébergement d'urgence?

Il faut relâcher la pression sur le Pas-de-Calais. On pourrait travailler beaucoup plus efficacement si on arrivait à réorienter ces jeunes qui disposent déjà d'une protection vers d'autres départements. Nous proposons depuis longtemps d'abandonner cette répartition par quotas au profit d'une aide financière de l'Etat destinée aux départements les plus impactés par l'accueil des MIE.

 

Par Le Figaro, le 07/09/2017