
2025 dans les CRA : banalisation de l’enfermement, réformes répressives, carcéralisation des conditions de rétention et atteintes aux droits fondamentaux
Paris, le 19 mai 2026
Alors que plus de 44.000 personnes ont été enfermées dans les centres de rétention administrative (CRA) de l’Hexagone et d’Outre-mer, les cinq associations intervenant dans ces lieux de privation de liberté – Forum réfugiés, France terre d’asile, La Cimade, Groupe SOS Solidarité et Solidarité Mayotte – dressent dans leur rapport annuel un bilan préoccupant de l’utilisation de la rétention administrative en 2025. Elles y décrivent l’enfermement abusif et inefficace ainsi que le durcissement inquiétant du cadre légal. Un durcissement d’ores et déjà effectif, qui sera amplifié par la mise en œuvre du Pacte sur l’asile et la migration, l’adoption future du Règlement européen « Retour » et la remise en question de la présence d’acteurs de la société civile dans ces lieux de privation de liberté.
Un enfermement massif, abusif et inefficace
Alors que la loi conditionne le placement en rétention à la possibilité de mettre en œuvre la procédure d’expulsion, de nombreuses personnes ont été enfermées sans aucune perspective réelle de renvoi. En 2025, plus de 60 % des personnes enfermées ont finalement été libérées dont près de 45% par un juge. Si le rapport démontre l’inefficacité de cette pratique, il documente le détournement de plus en plus flagrant de la rétention au profit d’une politique qui renforce les amalgames dangereux entre « étrangers » et « délinquants ». Il rappelle également que derrière ces chiffres, ce sont des hommes, des femmes, et des enfants qui sont privés de liberté pendant plusieurs mois, au seul motif de leur situation adminsitrative.
Dans la continuité des années précédentes, la notion floue de « menace pour l’ordre public » est au cœur des décisions de l’administration et des juridictions, et prend souvent le pas sur un examen sérieux des situations individuelles. Par le biais de décisions stéréotypées et de procédures expéditives, les préfectures ont privé de liberté pour des durées de plus en plus longues des parents d’enfants français, des personnes malades ou des personnes encourant des risques pour leur intégrité en cas de renvoi. Dans ces lieux dont l’architecture et la gestion sont de plus en plus assimilables à l’univers carcéral, et où les violences et tensions sont quotidiennes, l’enfermement affecte fortement la santé physique et psychologique et la vie familiale des personnes retenues. Ces impacts sont d’autant plus marqués au regard de l’augmentation de la durée moyenne de rétention. Si celle-ci était de 12,7 jours en 2016, elle est de 33,4 jours en 2025 et dépasse dans certains centres de rétention 45 jours.
« Le bilan est très clair : les CRA servent à enfermer et sont détournés de leur finalité première, à savoir l’expulsion des personnes à bref délai [...]. L’année 2025, dans un contexte européen marqué par une volonté de durcissement en matière de migration et d’asile, marque un basculement vers une banalisation de la privation de liberté dans les CRA, une fragilisation des garanties procédurales, et une remise en cause du rôle des acteurs associatifs. »
Les CRA d’Outre-mer, notamment celui de Mayotte, concentrent encore la majorité des placements. Le régime dérogatoire qui y est applicable favorise les renvois expéditifs, sans contrôle d’un juge. Nos associations constatent cette année encore des obstacles à l’exercice effectif du droit d’asile, des pratiques illégales et l’enfermement de nombreux enfants.
Une accélération législative inquiétante
A rebours de nos avertissements répétés sur ces dérives, plusieurs réformes ont, en 2025, mis les CRA au cœur de l’actualité législative.
Parmi elles, l’allongement de la durée maximale de rétention à 210 jours pour les personnes représentant une menace pour l’ordre public a été adoptée avant d’être finalement censurée par le Conseil constitutionnel au regard du caractère trop large de son application. Cette mesure, reprise cette année par le député Rodwell en cours d’examen par le Parlement, fait fi de toutes les analyses et alertes sur le caractère dangereux et inefficace d’un enfermement de longue durée.
Dans ce contexte, l’accès effectif à l’information et à l’exercice de leurs droits pour les personnes retenues est essentiel, notamment en matière de contentieux contre les procédures d’expulsion et d’enfermement dont elles font l’objet.
La publication de ce rapport est donc l’occasion, pour nos associations, d’appeler une nouvelle fois nos élus à se saisir des effets néfastes de ces politiques sur les personnes retenues, à assurer le plein respect des droits fondamentaux et à cesser les attaques répétées contre le travail de nos associations qui œuvrent de manière indépendante et transparente dans les CRA.
Contact presse
- Yohan Cambet-Petit-Jean : 07 63 57 72 73




