Derrière la livraison de repas, l’exploitation des personnes étrangères

En avril 2026, plusieurs associations de soutien aux livreurs ont déposé une plainte pour traite des êtres humains à l’encontre des plateformes Uber et Deliveroo. Elles dénoncent les conditions de travail subies par les personnes étrangères dont la précarité économique et administrative les surexpose aux situations d’exploitation par le travail.  
 
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Interview
« La faim existe en France, et la précarité alimentaire augmente » 


Hélène Quéau - responsable France d'Action Contre la Faim 
Le droit à l'alimentation est reconnu de façon universelle et inconditionnelle dans le Pacte international pour les droits économiques, sociaux et culturels, ratifié par la France. Pourtant, l'accès à l'alimentation en France est entravé pour certains publics, comme les personnes exilées. À l'occasion de la journée mondiale de l'alimentation, nous avons interrogé Hélène Quéau - directrice de la mission France d'Action Contre la Faim - à propos des causes de l'insécurité alimentaire en France et des leviers pour améliorer l'accès à l'alimentation.
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Veille politique et juridique

Nouvelle extension de la durée de rétention : jusqu’à 18 mois dans des conditions carcérales 

La loi du 27 juillet 2026, visant à renforcer la sécurité, la rétention administrative et la prévention des risques d’attentat est entrée en vigueur le 29 juillet. Elle permet d’étendre jusqu'à 210 jours la durée de rétention pour certaines personnes « jugées dangereuses » : personnes condamnées pour terrorisme, faisant l’objet d’une mesure judiciaire d’interdiction de territoire ou d’un arrêté d’expulsion, mais aussi « condamnées définitivement pour certains crimes ou délits punis de 5 ans ou plus de prison » et qui représenteraient « une menace réelle, actuelle et d’une particulière gravité pour l’ordre public ». La loi crée la possibilité de placer plusieurs fois une personne en rétention sur la base d’une même mesure d’éloignement, ce qui porte à 540 jours la durée maximale cumulée de rétention pour certaines personnes. Saisi en juin par des députés, le Conseil Constitutionnel a déclaré le texte conforme à la Constitution, alors qu’il avait censuré en août 2025 une mesure similaire, estimant « disproportionné » l’allongement de la durée de rétention. Plusieurs organisations de défense des droits humains ont dénoncé un allongement dangereux et contreproductif, construit sur des critères vagues et pouvant facilement être détournés, avec des conséquences dramatiques sur la santé physique et mentale des personnes retenues. 

Le baromètre « Enfants à la rue » alerte sur un « triste bilan » 

Le baromètre annuel « Enfants à la rue » publié à la veille de la rentrée scolaire par la Fédération des acteurs de la solidarité (FAS) et l'UNICEF France est sans appel : au moins 2 355 enfants étaient à la rue fin août 2026, restés sans solution après un appel au 115. Cela représente une hausse de 42 % depuis 2022. Ces chiffres sont d'autant plus alarmants que les deux organisations rappellent qu’ils sont partiels, puisqu'ils ne prennent pas en compte les situations des personnes qui n'arrivent pas à joindre le 115, les mineurs isolés étrangers en recours et les familles en squats ou en bidonville. Ainsi, selon la Coordination Nationale Jeunes Exilé·es en Danger, en 2025, 1 087 jeunes en attente de reconnaissance de leur minorité étaient contraints de vivre dans la rue, dans des squats ou des campements, s'ajoutant au recensement effectué par la FAS et la Fondation pour le logement.
Selon le baromètre, cette situation s'explique par des créations de places d’hébergement très insuffisantes, le sous-financement chronique de l’hébergement d’urgence, la suppression de places dans le dispositif d'hébergement des personnes en demande d'asile, le sous-investissement dans le logement et le logement social et le durcissement de l’accès au séjour. Le rapport souligne que le sans-abrisme a des conséquences sur la santé physique et mentale des enfants, leur isolement et leur scolarisation. Il recommande la création de nouvelles places d'hébergement et la mise en place d'un accompagnement global sans rupture, prenant en considération les besoins spécifiques des enfants.  

Frontière franco-britannique : le bilan très critiqué de l’expérimentation « un pour un » 

L’accord pilote « un pour un » entre la France et le Royaume-Uni a pris fin le 1er octobre. Annoncé en juillet 2025, il prévoyait un engagement réciproque : pour une personne admise légalement au Royaume-Uni, une personne en situation irrégulière sur son territoire serait renvoyée vers la France. Depuis son entrée en vigueur à titre expérimental en août 2025, environ 1100 personnes avaient été renvoyées vers la France, et le même nombre avaient été admis au Royaume-Uni, loin de l’objectif de 2 600 échanges initialement annoncé. L’accord s’est révélé particulièrement inefficace et coûteux : les échanges représentent 4% des arrivées en small boats au Royaume-Uni, pour un coût moyen de 65 500 euros par personne. Il a été jugé déshumanisant et dangereux par une commission d’enquête parlementaire, la Commission nationale consultative des droits de l'Homme (CNCDH) ainsi que de nombreuses associations. Le passage entre l’Europe continentale et le Royaume-Uni reste l’une des routes migratoires les plus meurtrières, avec 389 décès au moins à déplorer depuis 2014. La fin de cet accord coïncide avec le renforcement des moyens de coercition en mer et le déploiement de navires sous mandat de Frontex. Plusieurs procès en lien avec les traversées mais aussi les naufrages, qui jugeront les passeurs mais aussi les autorités de sauvetage, sont prévus en Angleterre et en France, où s’est récemment conclu le procès des personnes impliquées dans le naufrage du 24 novembre 2021. Les voies légales d’entrée au Royaume-Uni restent largement insuffisantes. 

La loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles : quid des femmes exilées ?

La proposition de loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles (VSS) vient d’être débattue en première lecture à l'Assemblée nationale. Portée par une coalition transpartisane, le texte ambitionne de « couvrir l'ensemble de la chaîne des violences de la détection à la sanction, et dans tous les domaines » comme l'explique la députée socialiste Céline Thiébault-Martinez, à l'origine du texte. Pourtant, plusieurs collectifs alertent sur la nécessité de prendre en compte les besoins spécifiques des femmes étrangères, que Women for women France (WFWF) considère insuffisamment pris en compte. WFWF plaide pour légiférer sur les formes de VSS spécifiques aux femmes étrangères, subies au cours du parcours migratoire ou dans le cadre du travail informel, ainsi que les violences subies dans le cadre conjugal telles que le contrôle coercitif. Elle demande également des mesures de protection pour toutes les femmes y compris celles en situation irrégulière, un travail sur l'accessibilité des dispositifs, un droit au séjour immédiat, stable et indépendant des auteurs de violences. D’autres associations, comme La Cimade, qui partagent ces recommandations demandent également une autorisation de travail dès le dépôt du dossier. Malgré ces demandes, les deux principales dispositions protégeant les femmes étrangères - la protection contre les obligations de quitter le territoire français (OQTF) et le renforcement du droit au séjour ainsi que l’accès anticipé au travail – ont été supprimées lors de l’examen en première lecture à l’Assemblée nationale.  

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France terre d'asile
La Lettre de l’asile et de l’intégration est une lettre d’information bimestrielle de France terre d’asile qui propose un éclairage sur des problématiques liées à l’asile et l’intégration en France et met en lumière les actions des différents acteurs du secteur.

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