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Quelle place pour les ONG humanitaires en Méditerranée?

Publié le : 27/09/2018

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L' Aquarius va mettre le cap sur Marseille, après avoir débarqué à Malte les 58 migrants à son bord. Pour reprendre la mer, le dernier navire humanitaire doit se mettre en quête d'un nouveau pavillon. L'arrêt de son activité pose la question du droit de regard de la société civile en Méditerranée.

« Sans sentinelle en mer, personne ne verra plus rien » , résume Francis Vallat, président de SOS Méditerranée. Au moment d'affréter son navire, l' Aquarius , l'ONG s'était assigné trois missions prioritaires: sauver les migrants naufragés, les soigner, mais aussi témoigner de la tragédie qui se joue. Depuis le début de l'année, plus de 1 700 personnes sont mortes ou ont disparu en mer, selon le HCR.


De nombreux journalistes, photographes, sont montés à bord de l' Aquarius pour rapporter les choses vues, entendues au large des regards. À commencer par les « comportements brutaux » ou « hostiles » de certains gardes-côtes libyens financés par les Européens pour empêcher les traversées, raconte Francis Vallat: « Nous les avons vus semer la panique sur des bateaux surchargés, parfois en train de couler, obligeant certains migrants à se jeter à l'eau sans savoir nager. » Le responsable renouvelle son appel aux États pour qu'ils proposent un pavillon au navire en passe de perdre, sous les pressions italiennes, son rattachement au Panama.


L' Aquarius , d'une capacité d'accueil de 500 passagers, est le plus gros des navires associatifs. Il est l'un des seuls à pouvoir prendre durablement la mer en hiver, quelles que soient les conditions climatiques. Sa place est donc précieuse dans l'arsenal humanitaire coincé à quai. En 2016, les ONG effectuaient jusqu'au tiers des sauvetages en mer. Dans les eaux les plus meurtrières, il ne reste plus que l'opération militaire européenne Sophia, placée sous commandement italien. Pierre Henry, directeur de France terre d'asile, met en garde contre l'arrêt brutal des missions humanitaires. « Dans un monde d'images qui donne la primeur aux émotions et à l'instantanéité, je ne sais pas si les cris de ceux qui se noient en Méditerranée resteront audibles. »


L'autre solution, pour que les ONG gardent un oeil en mer, serait de les associer à l'opération Sophia. Outre le fait que personne ne leur propose une telle solution, les humanitaires restent sceptiques. « Nous avons de bons contacts en mer, mais nos missions et nos priorités sont différentes. Les navires de Sophia peuvent être mobilisés à tout moment pour des questions de défense » , explique Francis Vallat.


Cette année, le prix Sakharov pour la liberté d'expression pourrait bien être attribué aux navires de sauvetage associatifs. Au Parlement européen, où cette prestigieuse distinction est décernée, le groupe des socialistes et démocrates (S & D) y croit. Cette année, la décision doit en principe leur revenir. « Ce serait une belle façon de les mettre en valeur, mais aussi de protéger leur essentiel travail de lanceur d'alerte » , souligne Sylvie Guillaume, vice-présidente du Parlement européen. Et si toutefois la route maritime devait être définitivement barrée aux ONG, alors « il reviendrait aux élus de se mobiliser en mer » , assure l'eurodéputée, pour rapporter ce qu'il s'y passe.

 

La Croix, par Jean-Baptiste François, le 26 septembre 2018