
Portrait de Soni qui partage son témoignage à l'occasion du festival Exilées © Yann Levy
À l’occasion du festival Exilées, organisé en novembre dernier par France terre d’asile, Soni, Coumba, Shukufa et Raliat – quatre femmes exilées que nous accompagnons – ont pris le micro pour faire entendre leurs voix.
À travers leurs lettres ouvertes, elles témoignent des violences qu’elles ont subies et brisent le silence pour que toutes les femmes exilées puissent défendre leurs droits et se reconstruire, en paix.
Leurs témoignages poignants éclairent sur les réalités vécues par les femmes en exil et rappellent l’urgence de se mobiliser pour protéger et accueillir dignement toutes les femmes fuyant des persécutions.
Retrouvez leurs témoignages :
Mesdames et Messieurs,
L’exil, ce n’est pas seulement quitter un pays.
L’exil, c’est être arrachée à une partie de soi-même.
C’est quand une femme quitte sa maison,
mais que sa maison continue de battre dans son cœur.
C’est quand sa voix est réduite au silence,
mais qu’au fond d’elle, un cri doux et persistant demeure.
Selon les Nations Unies, plus de la moitié des réfugiés dans le monde sont des femmes et des enfants.
Mais les chiffres ne disent pas tout.
Derrière chaque nombre, il y a un visage –
celui d’une femme qui, entre les frontières, entre la peur et l’espérance,
cherche simplement un endroit où elle pourra redevenir elle-même.
Je suis l’une de ces femmes.
J’ai grandi dans une société où
les rêves des filles étaient plus petits que leur âge de mariage.
On m’a dit « obéis », mais j’ai voulu comprendre.
On m’a dit « tais-toi », mais j’ai voulu parler.
Et ce désir de liberté m’a conduite vers l’exil —
vers un monde inconnu, mais plein d’air et de vie.
Sur le chemin de l’exil,
tant de femmes apprennent à créer du sens à partir de leurs blessures,
à allumer une lumière à partir de leurs larmes.
L’exil brûle parfois nos racines,
mais il nous pousse aussi à planter de nouvelles racines dans la terre de la liberté.
Les femmes exilées ne sont pas des victimes.
Elles sont les gardiennes de la mémoire,
les voix de celles qu’on ne veut pas entendre,
celles qui ont trouvé un chemin vers la lumière à travers l’obscurité.
Ne voyons pas l’exil comme une fin,
mais comme le commencement d’un nouveau chapitre pour les femmes du monde entier —
un chapitre où aucune femme n’est punie pour exister,
et aucune fille n’est obligée de fuir son pays,
ou de fuir elle-même.
Nos voix peuvent être loin de nos terres,
mais leur écho reviendra un jour —
non pas comme une plainte,
mais comme une force, une espérance, et une renaissance du féminin.
Merci.
Shukufa, exilée originaire d'Afghanistan
Je dois l’avouer, je n’aurais jamais cru qu’un jour j’éprouverai autant d’amour pour moi-même. Quel chemin parcouru ! Tant de rêves, tant d’espoir, et tant de confiance.
En arrivant ici, j’ai vécu et vu tellement de choses que je n’aurais jamais imaginées. Combien de fois ai-je été bouleversée ? combien de fois ai-je pleuré ? Parfois des larmes d’espoir, parfois des larmes de joie lorsque j’ai reçu du soutien et des encouragements. Certains ont abusé de ma confiance, certains m’ont trahie. Mais j’ai reçu du soutien et j’ai été entourée.
Je suis reconnaissante pour cette vie, même si elle est difficile. Je me souviens des moments où j’avançais à petits pas hésitants, où je m’asseyais dans un coin et où je pleurais toute la nuit.
Je me souviens de m’être sentie submergée même après m’être dit « ça suffit ! ».
Et maintenant, j’ai envie de me prendre dans mes bras et de me dire « bravo ». « Il reste encore beaucoup à faire : des problèmes et des défis surgissent. Parfois c’est douloureux, parfois c’est épuisant. Mais ne t’inquiète pas. Il reste encore des choses à faire que d’autres n’ont même pas imaginées. »
Aujourd’hui, je veux me rendre hommage. Honnêtement, je ressens maintenant un immense amour pour moi-même.
Soni, exilée originaire du Bhoutan
Chère moi-même,
Je sais que tu as peur et que ton cœur est lourd en ce moment. Tu es à l’aube de tes 40 ans, avec tes rêves dans une main et ta douleur dans l’autre. Tu as énormément subi : la trahison, le rejet, la déception, l’attitude froide, les mots qui blessent plus profondément que le silence. La famille, que tu pensais toujours à tes côtés, t’a fait te sentir comme une étrangère dans ta propre histoire.
Cette douleur ne s’estompe pas, elle stagne. Elle change la manière dont tu accordes ta confiance, ton amour, et la façon dont tu te vois. Il y aura des jours où les visages familiers te manqueront, même les visages de ceux qui t’ont fait du mal, mais ne laisse pas la nostalgie te leurrer et te faire croire que cette douleur a le droit de vivre ici. Tu te dois le bonheur. Tu te dois la liberté.
Oui, ça fait mal de voir que ceux que tu aimes le plus ne voient plus ta valeur. Ça fait mal d’entendre l’écho de leurs mots dans ta tête parfois. Sache que leur incapacité à bien t’aimer ne te rend pas indigne d’être aimée. Tu as toujours eu de la valeur, même quand eux ne le voyaient pas.
Dans ce nouveau chapitre, fais-toi la promesse de garder le cœur tendre, même après tout ce qui t’es arrivé. Garde ta foi, même quand la route te semble incertaine. Continue de croire qu’il y a de la beauté dans ta vie, au-delà de ce que tu as perdu. Tu es la preuve qu’il n’est jamais trop tard pour tout recommencer, pour chercher la paix, pour reconstruire une maison dans ton cœur.
Alors fais tes valises et mets-y ton courage, ta foi, et ta douce flamme. Garde la tête haute. Tu n’es pas cassée, tu deviens. Le monde t’attend et cette fois-ci tu vas de l’avant, tu marches tout droit d’un pas douloureux mais décidé.
Avec l’amour, la fierté et l’espoir inébranlable de la version plus âgée et plus sage de toi-même.
Raliat, exilée originaire du Nigéria
La voix / voie d’une mutilée
Pourquoi mutiler ?
J’aimerais bien savoir, après « moultes » réflexions j’en déduis que pour être bien respectée dans la
communauté. Leurs (Hommes) fiertés valent plus que le bien-être de sa chère (chaire) fille avec la complicité de toute une nation. J’en déduis aussi, une mutilée : c’est une douleur jusqu’aux entrailles et dans la chaire, une hémorragie, une infection, un choc, un traumatisme et malgré tout ça on t’empêche de pleurer sur ton sort. Plus tard encore, une mutilée a une lune de miel pas comme les autres, une autre incision encore avec des hémorragies sous le regard témoin de toute une communauté.
Lors de l’accouchement il y a encore des incisions, celles qui tardent à être sauvées rendent l’âme tout simplement. Alors que l’on peut éviter ça parce qu’elles sont au fin fond des contrées lointaines.
ÇA SUFFIT !
- Abolissons la mutilation, elles ont le droit de s’épanouir
- Protégeons nos filles
La Vie que l’on m’a choisie
Après avoir vécu d’innombrables supplices de filles ou de jeunes femmes, vient la maturité où tu commences à voir que tu n’as jamais rien décidé de ta vie. Malgré l’école, la télévision, les villages planétaires : ça ne suffit pas, car nos croyances sont tellement ancrées. Même au-delà de nos organes de sens, si jamais un jour tu oses en discuter, tu es une perverse, une prostituée, tu es blasphémée, alors qu’en anatomie c’est un organe comme les autres, comme le cerveau,
comme le foie, comme le cœur mais par contre les organes génitaux sont interprétés d’une manière
taboue.
Par exemple, en Afrique, où on pratique les mutilations génitales soit disant pour purifier. Purifier qui et purifier quoi ?
On est déjà pur à la naissance, donc pourquoi en changer, l’œuvre de la divinité qui est si silencieuse et si parfaite ? ÇA SUFFIT !
Car les conséquences qui sont les traumatismes qui sont là, perpétuer de générations en générations ! ÇA SUFFIT !
Le silence de la bravoure
Au cours de la vie dans des moments critiques et/ou sensibles dans l’existence d’une jeune femme. Rien que pour enlever la libido de la fille. On est prêt à subir toutes les conséquences immédiates et ultérieures. Alors que c’est le contraire que l’on aimerait que ça se fasse !!! Pour amoindrir, diminuer certaines douleurs ou mêmes fardeaux.
Je me réjouis de la femme que je suis mais des fois j’ai envie d’être un homme pour éviter d’être victime tout simplement. Car personne, je dis personne n’a le droit de changer la nature humaine.
Pour pouvoir être acceptée telle qu’on est.
Coumba, exilée originaire du Sénégal




