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L'accès à l'information par les réseaux sociaux

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© UNHCR/Santiago Escobar-Jaramillo

Article issu de la Lettre de l’asile et de l’intégration n°98 : Le numérique, un outil à double tranchant.

 

Pour s’intégrer dans un pays d'arrivée dont elles ne maîtrisent parfois ni les codes ni la langue, les personnes exilées doivent avoir accès à un nombre important d’informations. Pour ce faire, elles peuvent s’appuyer sur les réseaux sociaux, de plus en plus utilisés par ce public pour s’informer.

Qu’il s’agisse de répondre à des besoins vitaux ou d’obtenir un renseignement sur la procédure de demande d’asile, l’accès à des informations adéquates est primordial dans le parcours des personnes exilées. Outre les services de l’État et les nombreuses associations qui les informent, la communauté (15) joue un rôle important dans le partage d’informations, notamment à travers le développement du numérique et des réseaux sociaux.

Dans une étude sur les usages numériques des personnes réfugiées menée en 2021, la Délégation interministérielle à l’accueil et à l’intégration des réfugiés (DiAir) a ainsi révélé qu’environ 70 % des personnes réfugiées interrogées utilisent les réseaux sociaux et les plateformes telles que YouTube ou les forums Internet afin de s’informer (16). De même, une récente enquête sur l’accès à l’information des personnes exilées conduite par plusieurs acteurs, dont France terre d’asile, souligne que ces outils sont très utilisés pour obtenir, échanger ou vérifier des informations sur la procédure d’asile et les services disponibles (en termes d’accès aux soins et à l’alimentation), bien que leur usage varie selon l’âge (17). Certaines plateformes, à l’instar de Tiktok, sont en effet privilégiées par les jeunes exilés, et leur permettent de documenter sous formes de vidéos leur parcours et les obstacles rencontrés.

À l’inverse des supports papiers et des outils numériques institutionnels, qui présentent généralement de grands volumes d’informations et dont l’offre de langues disponibles est limitée, les réseaux sociaux proposent un éventail de ressources plus accessible. La diversité des supports, notamment des formats audio et vidéo, permet aux personnes allophones et/ou non lectrices de pouvoir s’informer grâce à des informations simples et directes dans leur langue maternelle, les différents comptes et groupes étant souvent directement animés par des personnes issues des communautés. Les informations partagées sur ces réseaux virtuels, basés sur des liens de confiance et solidarité, sont alors considérées par les utilisateurs comme fiables car provenant de personnes partageant des caractéristiques et situations similaires (18).

Véritables vecteurs de connexion et de lien social, ces sources complémentaires de renseignements ne sont toutefois pas sans risque, car les informations échangées peuvent être erronées ou datées et avoir des conséquences non négligeables sur les parcours des exilés, particulièrement concernant leur accès à la procédure d’asile, au séjour, ou encore aux droits sociaux et de santé. En outre, ces réseaux sont aussi utilisés par les passeurs, ce qui peut poser des risques d’exploitation et de fausses informations sur la réalité des parcours. Cet enjeu souligne ainsi le besoin de mieux comprendre le rôle et l’impact des médias sociaux dans les trajectoires migratoires, et soulève plusieurs défis pour les acteurs institutionnels et associatifs. Il s’agit d’une part de s’approprier ces outils afin de pouvoir adapter les supports d’information à ces nouveaux canaux de communication, et d’autre part d’intégrer les personnes exilées dans l’élaboration, l’évaluation et la transmission de ces outils, afin de favoriser un partage d’informations sûres, par et pour les personnes exilées.

(15) Terme désignant différents groupes tels que des personnes rencontrées sur les lieux de vie, des personnes de la même nationalité ou région d’origine, des personnes parlant la même langue, ou encore fréquentant les mêmes dispositifs.

(16) DIAIR, Enquête sur les usages numériques des personnes réfugiées, avril 2021.

(17) Action contre la faim, France terre d'asile, Watizat, L’accès à l’information des personnes exilées à Paris, État des lieux et pistes d’amélioration.

(18)  Gillespie M., et al., Mapping refugee media journeys: Smartphones and social media networks, The Open University & France Médias Monde, mai 2016

Retrouvez l'intégralité de la Lettre de l’asile et de l’intégration n°98 : Le numérique, un outil à double tranchant !