fbpx
Main menu

Entretien avec Aude Le Moullec-Rieu - L'accompagnement des personnes exilées LGBTI+

Image

© Vincent Brisson

Article issu de la Lettre de l’asile et de l’intégration n°99 : L'accueil des personnes exilées LGBTI+, des paroles aux actes.

Aude Le Moullec-Rieu est présidente de l’Ardhis, l’Association pour la reconnaissance des droits des personnes homosexuelles et trans à l’immigration et au séjour.

Quels sont les profils et causes de départ des personnes que vous accompagnez ?

L’Ardhis accompagne majoritairement des personnes d’Afrique sub-saharienne francophone, surtout des ivoirien·ne·s et sénégalais·e·s et beaucoup de femmes originaires de République démocratique du Congo. On ne voit pas dans nos chiffres un reflet parfait de la géographie des LGBTphobies dans le monde. C’est-à-dire que les pays les plus représentés ne sont pas forcément les pays où l’homosexualité est punie de mort, à l’exception sans doute de la Mauritanie. Par exemple, nous avons reçu très peu de personnes originaires de Tchétchénie par rapport aux nationalités déjà citées, même si les exactions envers les personnes LGBTI+ commises par le régime de Kadyrov ont fait la une des journaux. Selon mon expérience, les causes de départ sont souvent très violentes, c’est un départ du jour au lendemain car les personnes vivaient cachées et se sont fait surprendre.

Quelles sont les difficultés spécifiques auxquelles font face les personnes exilées LGBTI+ dans le cadre de leur demande d’asile ?

Les personnes LGBTI+ demandant l’asile affrontent les mêmes difficultés liées au déficit d’accueil de l’État que les autres demandeur·euse·s d’asile. Mais au-delà de ça, certaines personnes LGBTI+ n’ont pas toujours conscience qu’elles peuvent demander l’asile au titre de leur orientation sexuelle et identité de genre (OSIG). Le premier réseau d’information et de solidarité à l’arrivée en France, c’est souvent la communauté. Or, pour les personnes LGBTI+, la condition pour bénéficier de ce soutien qui est leur seule ressource, est de dissimuler leur OSIG, afin de se préserver des LGBTphobies et des persécutions vécues dans le pays d’origine. On est typiquement dans la double contrainte que peuvent rencontrer les personnes LGBTI+, c’està-dire de devoir continuer à se cacher pour survivre et en même temps devoir parler ouvertement de leur OSIG à des institutions.

Quelle est la place de l’oralité dans la demande d’asile des personnes LGBTI+ ?

L’enjeu, c’est d’abord de convaincre les institutions que la personne est bien LGBTI+. Dans la jurisprudence européenne, toutes les tentatives d’objectiver la décision, notamment par des tests psychologiques, ont échoué, ce qui est positif car c’était attentatoire à la dignité humaine. C’est donc l’intime conviction des personnes qui examinent la demande qui compte. Celle-ci se base sur la représentation d’un officier·ère de protection de l’Ofpra ou d’un·e juge de la Cour nationale du droit d’asile, de ce que c’est qu’être un sénégalais homosexuel par exemple. Souvent, ces personnes n’ont jamais mis un pied au Sénégal, ne sont pas homosexuel·le·s, et ça ne serait pas un prisme suffisant de toute façon. La vie des personnes LGBTI+ dans les pays d’origine n’est que très peu documentée car elle est cachée.

 Quelles pistes d’amélioration identifiez-vous au niveau des institutions liées à l’asile pour mieux s’ouvrir à ces enjeux ?

Ces dernières années, les institutions ont essayé de prendre en compte cette question. Au niveau de l’Ofpra, dans le cadre de la prise en compte des vulnérabilités, il y a eu un certain nombre de réflexions et la création d’un groupe de référent·e·s LGBTI+. Toutefois, cela reste insuffisant et on constate globalement un déficit de formation des acteurs et actrices de l’asile en France. Il y a également un vrai problème de langue et d’interprétariat. L’interprète a souvent un impact, car si c’est une personne de la communauté, il y a toujours le soupçon et le risque que cette personne face preuve de LGBTphobie. De plus, dans certaines langues, les seuls mots pour décrire l‘homosexualité ou la transidentité sont des mots insultants, ce qui crée des malentendus lors de l’entretien. Les personnes se sont toujours cachées et parfois ont intériorisé certaines formes de LGBTphobie et cela ne s’est pas envolé à l’arrivée en France.

Retrouvez l'intégralité de la Lettre de l’asile et de l’intégration n°99 : L'accueil des personnes exilées LGBTI+, des paroles aux actes !