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EX-URSS : LES RÉVOLUTIONS EN COULEUR

AU REGARD DE LA SITUATION EN SYRIE OÙ L'ÉVENTUALITÉ D'UNE INTERVENTION MILITAIRE EST EN CE MOMENT MÊME DÉBATTUE, IL EST DE BON TON DE RAPPELER UN CERTAIN NOMBRE DE PRÉCÉDENTS HISTORIQUES AU SUJET DE LA MILITARISATION DE L'AIDE HUMANITAIRE.
AUJOURD'HUI, FRANCE TERRE D'ASILE REVIENT SUR UNE SÉRIE D'ARTICLES PUBLIÉE EN 2011 EN PARTENARIAT AVEC LIBÉRATION, SUR 40 ANS DE VIOLATIONS DES DROITS DE L'HOMME DANS LE MONDE. 


 

Échec aux couleurs.


 

La vague de « révolutions douces » qui renversèrent les autocrates de Géorgie et d'Ukraine fit très peu couler de sang. Mais beaucoup d'encre et de slogans payés, dit-on, par les États Unis. Retour sur une contagion démocratique qui eut bien des limites. Il fallait des symboles, alors il y eut des noms, " Orange ", " Roses " et " Tulipes ", pour qualifier les mouvements démocratiques en marche dans des sociétés qui ne l'étaient pas encore. Et c'est ainsi que le monde salua les " Révolutions de couleur " - ou " révolutions douces "- qui précipitèrent la chute des autocrates en poste en Géorgie, en Ukraine et au Kirghizistan, dans les premières années du XXIe siècle.

Mais la vague démocratique passa sur le Kirghizistan sans s'y arrêter : les crises politiques succédèrent aux manifestations matées dans le sang, et les affrontements ethniques qui déchirent aujourd'hui le pays provoquent l'exil de dizaines de milliers de personnes. Les Géorgiens vivent toujours avec la corruption, l'arbitraire policier, le manque d'indépendance de la justice et une opposition réprimée. Reste l'Ukraine et ses allures de bonne élève. Ils ne sont que façade : le classement mondial de la liberté de la presse de 2010 la voit reculer de 42 places, passant derrière l'Irak.

 

Les " révolutions " avaient pourtant bien démarré dans ces ex-républiques de l'URSS, et la presse se penchait, pour les louer ou en dénoncer le financement américain, sur les mouvements de résistances non-violents menés par des étudiants assoiffés de démocratie. La réussite du mouvement Serbe « Otpor » (résistance) qui favorisa l'échec de Milosevic lors du scrutin de 2000, avait fait des émules : exportant ses conseils, et ceux dit-on de Washington, il inspira « Pora » (ça suffit) en Ukraine et « Kmara » (assez) en Géorgie. Leur but : discréditer les candidats autocrates en empêchant leur réélection. Leur méthode : organiser des scrutins transparents pour démontrer la fraude. Leurs actions en campagne : mobiliser la société civile autour de l'opposition, manifester, camper sur les places, décliner l'humour de chansons en pamphlets sur une variété de supports - internet, tracts, badges, tee-shirt- en espérant avec un tel climat, inviter les électeurs au changement et à la contestation du scrutin en cas de fraude avérée. C'est ce qui arriva en Ukraine en 2003 et en Géorgie en 2004 : l'élu ne fut pas l'autocrate choisi par le pouvoir.

Le triomphe de ces « révolutions colorées » irrita Moscou. Poutine dénonça une « cinquième colonne » financée par l'étranger et créa un département chargé « de la prévention des révolutions orange dans l’espace post-soviétique ». Est-ce pour cela que la « révolution en jean » échoua en Biélorussie lors des élections de 2006, malgré tous les efforts déployés par le mouvement « Zubr » (taureau), et qu'il en fut de même en 2010 ? Sans doute pas. Des facteurs internes, économiques, identitaires et politiques, assez différents de la situation ukrainienne eurent évidement un rôle à jouer dans cet échec, autant, sinon plus que la guerre de communication que se livrèrent le pouvoir et ses détracteurs. Il faut aussi rappeler que, quelle que soit la situation, la répression, la prison, la mise aux pas des opposants, la censure, parvint aussi à décourager les militants.

« Il n'y aura pas de révolution rose, orange ou banane » déclara ainsi le président biélorusse Alexandre Loukachenko, anticipant le résultat des élections de 2006. Il répéta à peu près les mêmes mots en 2010 lors d'un nouveau scrutin. Et il tint promesse : aucune révolution démocratique n'eut lieu à Minsk. Il y eut à la place une vague de répression inédite : sept cents personnes, parmi les milliers de manifestants dénonçant les dernières fraudes électorales, furent arrêtées et condamnées à plusieurs jours de prison. Parmi elles, sept opposants candidats à la présidentielle, accusés d'avoir organisé les émeutes. La traque des agents du KGB continua parfois après leur libération : ils perquisitionnèrent, harcelèrent et assignèrent à résidence, s'installant dans les salons pour interdire la télé, internet, le téléphone et la lecture de la presse.
 

Et c'est ainsi que, malgré son mouvement « Zubr », la Biélorussie fut privée de révolution. La recette qui marcha à Belgrade, à Tbilissi et à Kiev, ne s'exporta pas à Minsk. Il se murmure en revanche qu'en Égypte, les méthodes pacifiques des activistes serbes d'Otpor auraient porté leurs fruits. On aimerait croire que le renversement de régimes autoritaires ne dépend que d'outils, de méthodes et de stratégies de communication « douces » pour révolutions du même nom. Mais l'avènement d'une démocratie et son maintien dans la durée procèdent d'éléments autrement plus complexes. Les Biélorusses sont passés à côté de leur révolution colorée, et force est de constater que celles menées par les Géorgiens, les Ukrainiens et les Kirghizes, leur furent confisquées. Malgré leurs jolis noms, qui étaient sans doute trop beaux pour être vrais.

 

Brigitte MARTINEZ
le 12/07/2011

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 France terre d'asile, en partenariat avec Libération et l'INA, passent à la loupe un demi-siècle d'atteintes aux droits de l'Homme. Retrouvez l'intégralité des articles publiés pour l'occasion ICI

 


Ex-URSS : les révolutions en couleur à la Une de "Libé" : elles s'appellent "Rose", "Orange" ou encore "Tulipes". Retour sur les révolutions menées par trois anciens pays satellites de l'URSS après plus de dix ans indépendance

 

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"Libération" du 24/11/2003. Au lendemain des élections législatives de novembre 2003, les Géorgiens manifestent par milliers pour dénoncer les fraudes. Sous la pression de la rue, le président Chevardnadze, accusé de corruption, démissionne. L'armée, rangée du côté du peuple empêche le sang de couler comme en 1989, lors des manifestations d'indépendance. C'est la "révolution des roses", menée par l'opposant Mikheil Saakachvili, futur président "Libération" du 23/11/2004. Une fraude électorale est aussi à l'origine de la "révolution orange" ukrainienne. Le peuple, qui a voté pour Victor Iouchtchenko, et non pour le candidat de Moscou, réclame l'annulation du résultat. Soutenus par les Usa et l'UE, les Ukrainiens auront droit à un second vote..
Une 3 Une 4
"Libération" du 04/12/2004. Viktor Iouchtchenko, le candidat porté par la révolution orange, remportera le nouveau scrutin. C'est un camouflet pour Vladimir Poutine qui voit l'Ukraine, après la Géorgie, être emportée par une vague démocratique, et sortir du champ d'influence de Moscou. "Libération" du 25/03/2005. Et de 3 ! Le Kirghizistan entame à son tour sa "révolution des tulipes" en 2005. Des milliers de Kirghiz lancés à l'assaut de la présidence de la République, des bâtiments de la télé et d'autres lieux stratégiques, réussissent à mettre en fuite en quelques heures leur dirigeant corrompu. Le nouveau gouvernement sera à son tour renversé, dans la violence et sur fond de conflit ethnique, en 2010.
Une 5 Une 7
"Libération" du 11/08/2008. Humilié par sa perte d'influence dans une région hautement stratégique, Moscou prend sa revanche : elle profite d'affrontements frontaliers pour voler militairement au secours de l'Ossétie du sud et de l'Abkhazie, deux territoires sécessionnistes de la Géorgie. À la grande surprise de la communauté internationale qui ne s'attendait pas à se sursaut de puissance. "Libération" du 16/08/2008. La Russie a donné, en un mois, une leçon à la Géorgie. Le bilan humain est d'une centaine de morts et plus de 150 000 personnes déplacées. Mais le bilan politique et géostratégique semble en revanche plutôt positif pour Moscou qui réussit à contrer l'influence de l'occident dans le Caucase.