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L’accès à l’enseignement supérieur des réfugiés

L’accès à l’enseignement supérieur des réfugiés

 

Article issu de la Lettre de l'asile et de l'intégration n°97 - L'accès à l'enseignement supérieur pour les personnes réfugiées

 

En France comme en Europe, l’enseignement supérieur se caractérise par un faible taux d’inscription des réfugiés et demandeurs d’asile. Quels éléments peuvent expliquer cette situation ?

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© UNHCR/Michele Borzoni

Ces dernières années, la communauté internationale s’est engagée à améliorer l’accès des réfugiés1à l’éducation, y compris à l’enseignement supérieur. À ce titre, l’Objectif de développement durable2ou encore le Pacte3 et le Forum mondiaux sur les réfugiés4sont autant d’éléments ayant traduit cette volonté.

Malgré ces promesses, en 2020, seuls 5 % des réfugiés étaient inscrits à l’université au niveau mondial, contre un taux d’inscription global de 37 %5. Si ce chiffre est en hausse de 2 points par rapport à 2019, il est encore loin de l’objectif « 15by30 » du Haut- Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR),qui voudrait voir passer cette part à 15 % d’ici 20306. Ce faible taux est d’autant plus problématique qu’une proportion élevée de réfugiés se situe dans la tranche d’âge  l’on suit habituellement des études supérieures (18-34 ans). Ainsi, en Europe,un peu plus de la moitié des réfugiés (51,5 %) seraient concernés7.Cette situation est due au fait qu’en Europe comme en France, les réfugiés sont confrontés à de nombreuses difficultés qui entravent leur accès à l’enseignement supérieur, et ce malgré les efforts des politiques publiques de certains pays.

 

 

EN EUROPE, DES POLITIQUES VARIÉES MAIS DES OBSTACLES COMMUNS

 
On peut classer les États de l’Union européenne (UE) en trois catégories concernant les politiques publiques d’enseignement supérieur pour les réfugiés. D’un côté, leÉtats instaurant des politiques d’enseignement supérieur spécifiques aux réfugiés, comme l’Allemagne. De l’autre, les États n’ayant pas de politiques spécifiques mais intégrant certains éléments relatifs au supérieur dans des stratégies plus globales en matière de migration, comme la France. Enfin, un dernier groupe n’ayant aucune politique à grande échelle, qui comprend 11 pays, dont la Bulgarie, l’Espagne, ou la Roumanie, pour n’en citer que quelques-uns8.

Par ailleurs, l’éventail des mesures pouvant être mises en place est vaste – bourses, formations linguistiques, conseils personnalisés, soutien aux établissements – si bien que la situation peut varier grandement d’un État à l’autre. Malgré ces différences, on peut identifier un certain nombre d’obstacles rencontrés par les réfugiés dans la quasi-totalité des pays. Parmi eux, la barrière de la langue, l’absence de programmes de remise à niveau,et de conseils pour fournir une orientation adéquate, ou encore les coûts liés à l’éducation, et notamment les frais de scolarité. De plus, les réfugiés doivent également faire face au problème de la reconnaissance des diplômes lorsqu’ils ne sont plus en possession des documents en attestant. Si le Conseil de l’Europe a créé le Passeport européen des qualifications des réfugiés9pour évaluer leurs compétences, cette initiative reste encore peu connue et ne constitue pas un acte de reconnaissance formel. 

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© UNHCR/Josselin Bremaud 

Cependant, un pays européen fait figure d’exemple en la matière : l’Allemagne. En effet, le pays dispose du paquet de mesures le plus complet, et adopté pour une approche impliquant une multitude d’acteurs à tous les niveaux. C’est notamment par sa stratégie de 2015 que l’Allemagne a instauré la plupart de ses mesures, aussi bien en termes de reconnaissance des qualifications (via des tests linguistiques et d’aptitudes) que d’orientation (via des portails d’information) ou encore grâce à des aides financières. Avec son système de suivi clairement défini, cette approche rigoureuse a permis d’ouvrir quelques 10 400 places annuelles – soit quatre fois plus que ce qui était initialement prévu10.

 

 

ET LA FRANCE DANS TOUT ÇA ?

 

Bien qu’il n’existe pas de politique spécifique à l’enseignement supérieur pour les réfugiés en France, des mesures ont été instaurées au niveau central, notamment concernant le soutien financier. Les réfugiés peuvent ainsi percevoir plusieurs types de bourses, dont celles du CROUS, qui ont été fournies à 3 500 d’entre eux en 202011.

Néanmoins, des obstacles subsistent, comme dans les autres pays européens. On retrouve ainsi des contraintes administratives, comprenant les possibles refus d’inscription dans certains établissements ne considérant pas le récépissé de demande d’asile comme une pièce justificative de la régularité du séjour, ou la difficulté à s’inscrire dans un cursus en alternance du fait de l’absence d’autorisation de travail. Il existe également des contraintes différant selon les centres d’hébergement, qui ne sont pas tous à proximité d’universités disposant de cursus spécifiques pour les réfugiés. De plus, l’accompagnement par les travailleurs sociaux peut varier en fonction des établissements et de la formation des aidants, qui ne sont pas toujours sensibilisés au sujet. Dernière contrainte, mais pas des moindres : le coût financier des études supérieures. Si les réfugiés peuvent être exonérés de frais de scolarité sur demande du président d’université, cette possibilité est souvent méconnue. Enfin, un soutien financier et un hébergement ne sont pas systématiquement fournis. Tous ces freins peuvent expliquer le faible taux d’inscription des réfugiés en études supérieures et avoir des conséquences sur leurs conditions de vie. La précarité peut ainsi être plus grande chez les réfugiés n’ayant pas fait d’études, qui se tournent vers des métiers moins qualifiés et donc souvent moins rémunérés. Pour ceux en ayant suivi, c’est la reconnaissance des qualifications qui pose problème. Elle peut en effet engendrer un déclassement professionnel, ou en d’autres termes une surqualification par rapport à l’emploi exercé dans le pays d’accueil. Mais pour faire face à ces obstacles, de nombreuses initiatives ont été lancées ces dernières années, permettant aux réfugiés de mener à bien leur projet tout en faisant bénéficier les sociétés d’accueil de leurs connaissances et compétences, qui ne demandent qu’à être exprimées.

 

 

 

Pour lire l'intégralité de la Lettre de l'asile et de l'intégration n°97 - L'accès à l'enseignement supérieur pour les personnes réfugiées, cliquez ici

 

1 - Le terme « réfugiés » sera utilisé dans le reste de l’article pour désigner les bénéficiaires d’une protection internationale ainsi que les demandeurs d’asile.
2 - NATIONS UNIES, Objectifs de développement durable, 2017.
3 - HCR, Pacte mondial sur les réfugiés2018.
4 - HCR, Forum mondial sur les réfugiés2019.
5 - HCR, Garder le Cap - Les défis de l’éducation des réfugiés, 2021.
6 - HCR, Objectif 15by30, 2019.
7 - Agence exécutive européenne pour l’éducation et la culture (EACEA), Rapport Eurydice, 2019.

8 - Ibid.
9 - CONSEIL DE L’EUROPE, Passeport européen des qualifications des réfugiés, 2017.
10 - EACEA, Idem.
11 - CROUS, Rapport d’activité des œuvres universitaires et scolaires, 2020.