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La lutte des «beurs»

À l'occasion du 30e anniversaire de la "marche pour l'égalité et contre le racisme", plus connue sous le nom de "marche des Beurs", France terre d'asile revient sur une série d'articles publiée en 2011 en partenariat avec Libération, dans un série consacrée aux violations des droits de l'Homme dans le monde depuis 40 ans.


 

La médiatisation des crimes racistes des années 1970-1980 révèle aux Français leur xénophobie latente. La seconde génération d'immigrés écrira en « Une » son combat antiraciste.

« Je ne suis pas raciste, mais... ». Inutile d'en dire plus : les restrictions sous entendues, les Français les connaissent et beaucoup les partagent. Ils ne sont pas racistes, non, puisqu'ils ne participent pas aux chasses en meutes à l'immigré, condamnent les « ratonnades », la xénophobie policière, les violences, les humiliations et les brimades que rapportent les médias.

Il n'empêche. D'articles en films, le Français se découvre cousin d'un « Dupont Lajoie » qui n'est pas de cinéma. Un cousin « de souche » animé d'un racisme d'autant plus terrifiant qu'il est très ordinaire, nourri d'ignorance et de préjugés.

Le racisme et l'injustice qui touche l'immigré premier arrivé rebondissent sur ses enfants, des fils et filles de France. Mais pas question qu'eux, entrés dans le dictionnaire sous l'appellation « Beur » et « Beurette » se laissent faire. Ils veulent l'égalité et la fraternité promise aux frontons des mairies. Pour l'obtenir, ils poursuivront le combat pour la dignité mené par leur père et lancent la « Marche pour l'égalité ».

Entamée dans l'indifférence en octobre 1983 à Marseille avec une dizaine de participants, elle rassemble plus de 100 000 personnes en décembre à Paris. Les Français, un peu surpris mais majoritairement solidaires, prennent soudain conscience du caractère multiculturel de leur société. SOS racisme naît sur cet élan et continue la lutte, car c'est bien connu : les « Français sont égaux, mais... »

Brigitte Martinez, le 24/03/2011

France terre d'asile, en partenariat avec Libération et l'INA, passent à la loupe un demi-siècle d'atteintes aux droits de l'Homme. Retrouvez l'intégralité des articles publiés pour l'occasion ICI

 

La marche des "Beurs" vue par les Unes de Libération

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 "Libération" du 03/03/1975. L'adoption
d'une loi antiraciste en juillet 1972
tente de limiter les dégâts, mais la
xénophobie est tenace. Au pire, agressions,
meurtres, expéditions punitives contre les
immigrés. Au mieux l'insulte, l'interdiction
de franchir la porte de certains cafés et lieux
publics, la discrimination pour le logement,
le travail.

 "Libération" du 14/10/1978. Sortie de bal,
discothèque et cafés, sont les lieux où l'immigré
risque gros. Le cauchemar d' Ali Abdoul,
travailleur algérien, commence ainsi dans
un bar toulousain. Il sera torturé pendant
5 heures. C'est un choc pour l'opinion
publique, mais le nombre d'agressions
ne diminuera pas pour autant.
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 "Libération" du 28/05/1979. La chasse
à l'immigré se mène souvent en bande.
« Ratonnades » et "commandos punitifs"
s'organisent, blessant des immigrés par
dizaines, occasionnant des morts, comme
lors de cet incendie criminel d'hôtel perpétré
à Orange. Les médias, presse et tv,
médiatisent davantage les actes racistes
et donnent la parole aux immigrés dans
les reportages : il s'agit de dénoncer des
préjugés, de découvrir « l'autre ».
 "Libération" du 03/12/1983. Une marche
pour l'égalité et contre le racisme, rebaptisée
la « Marche des Beurs » partie de Marseille
arrive à Paris. Le pari audacieux de quelques
jeunes Français issus de l'immigration, dans
une période racisme aigu est gagné. La
solidarité est au rendez-vous : 100 000
personnes finissent le parcours avec eux.
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"Libération" du 27/03/1985. En octobre 1984,
un an après la « Marche des Beurs »,
« SOS Racisme » est fondé. Le succès
est immédiat. C'est toute une jeune
génération qui reconnaît, avec la petite
main jaune « touche pas à mon pote »,
le moyen de porter haut les nouvelles
valeurs d'une société multiculturelle en marche.
"Libération" du 07/12/1985. « SOS »
organise des manifestations et des
concerts qui réunissent, à la Concorde
ou à la Bastille, des centaines de milliers
de personnes. « Un juif à Paris, un arabe
à Menton : c’est toujours nos potes qu’on
assassine » scanderont les manifestants
après une série de crimes racistes perpétrés
à Menton, à Miramas et l’attentat visant un
cinéma juif à Paris.
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"Libération" du 20/12/1988. En décembre
1988 le travailleur roumain Georghe
Yordachescu meurt déchiqueté par
une bombe lors de l’attentat mené contre
le foyer Sonacotra de Cagnes sur mer.
Ce nouveau meurtre raciste prolonge
une longue liste qui continuera de croître
jusqu'à aujourd'hui.