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Le difficile accès des mineurs isolés étrangers aux bancs des universités

Le difficile accès des mineurs isolés étrangers aux bancs des universités

 

 

Alors que les mineurs isolés étrangers doivent pouvoir bénéficier d’une scolarisation dans les mêmes conditions que les autres élèves en France, seule une très faible part d’entre eux se tournent vers des études supérieures en filière générale lorsqu’ils atteignent la majorité. Ce constat révèle les contraintes liées au dispositif d’accompagnement de ce public qui pèsent sur leurs opportunités d’éducation.

 

En France, les mineurs isolés étrangers (MIE) ne sont soumis à l’obligation de détenir un titre de séjour pour rester sur le territoire et ont droit à l’éducation. En effet,tous les enfants ont droit à un accès à l’instruction et elle est obligatoire de trois à seize ans, « quelle que soient leur nationalité, leur statut migratoire ou leur parcours antérieur12». Alors que la Convention internationale relative aux droits de l’enfant (CIDE), dont la France est signataire, exhorte les États parties à assurer à tous les enfants l’accès à l’enseignement supérieur13, la grande majorité des mineurs isolés scolarisés qui atteignent la majorité se tournent vers des formations professionnalisantes courtes, la poursuite d’études en filière générale relevant d’un caractère exceptionnel. 

Selon Marine Espinosa et Stanislas Purol, coordinatrice et directeur des établissements pour mineurs isolés étrangers de France terre d’asile du Calvados, « les MIE qui atteignent la majorité s’inscrivent pour la plupart en CAP ou en Baccalauréat professionnel, très peu poursuivent leur parcours en filière générale, alors qu’à leur arrivée en France, ils sont engénéral très ambitieux ». Cette tendance peut s’expliquer par les contraintes liées à l’obtention d’un titre de séjour à la majorité. Dès lors, pour Hélène Bodart, directrice départementale des établissements pour mineurs de France terre d’asile du Pas-de-Calais, « la priorité des jeunes majeurs qui étaient suivis en tant que MIE est d’atteindre l’autonomie, notamment financière.Pour cela, l’insertion professionnelle via des formations courtes est valorisée par le biais des contrats d’apprentissage ». À leur majorité, les jeunes isolés ayant un projet d’intégration peuvent continuer à être accompagnés dans le cadre d’un Contrat Jeune Majeur (CJM), qui leur permet de bénéficier de la continuité de l’accompagnement socio-éducatif et de percevoir une allocation. Cet accompagnement leur permet d’acquérir une autonomie suffisante tant fonctionnelle que psychique pour vivre seuls. Par ailleurs, la durée de l’accompagnement des jeunes majeurs pousse également les intervenants sociaux à les orienter vers des formations professionnalisantes et courtes, car « si le Contrat jeune majeur offre une allocation, l’aide fournie ne dure que jusqu’à 21 ans maximum, après quoi les jeunesdoivent trouver d’autres solutions pour assumer les frais de la vie quotidienne », explique Hélène Bodart. De nombreux MIE n’ont également pas ou peu été scolarisés dans leur pays d’origine, ce qui explique l’accès difficile dans des cursus scolaires généraux.

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© UNHCR

Malgré tout, les intervenants sociaux s’efforcent de montrer aux jeunes qu’en dépit de ces contraintes, des possibilités existent. « Même si les opportunités d’études longues sont souvent minces, on essaye de mobiliser le plus de ressources possibles pour leur montrer que cela reste possible, qu’il y a des possibilités d’accès aux bourses et aux logements étudiants par exemple », affirme Marine Espinosa. Pour autant, l’accès des jeunes majeurs étrangers aux études supérieures peut encore être largement amélioré. « Nous gagnerions à ce que les différents acteurs de l’intégration,qu’ils soient institutionnels, associatifs et universitaires, soient mieux sensibilisés et formés à la question », explique Stanislas Purol. Avec un temps d’accompagnement plus adapté, l’amélioration de dispositifs déjà existants et le renforcement des liens entre les différents acteurs de l’accompagnement, les jeunes majeurs pourraient prétendre à des opportunités scolaires et professionnelles plus variées, qui fassent écho à leurs ambitions.

 

 

Pour lire l'intégralité de la Lettre de l'asile et de l'intégration n°97 - L'accès à l'enseignement supérieur pour les personnes réfugiées, cliquez ici

 

 12 - MINISTÈRE DE L’ÉDUCATION NATIONALE, Circulaire N° 2012- 141 du 2 octobre 2012 relative à l’organisation de la scolarité des élèves allophones nouvellement arrivés.
13 - NATIONS UNIES, Article 28-1 c) de la CIDE, 1989.