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Le sport, champion de l'inclusion des personnes exilées

Le sport, champion de l'inclusion des personnes exilées

 

 

Article issu de la Lettre de l'asile et de l'intégration n°96 - Le sport, sur le podium de l'insertion

Le sport regorge de bienfaits qui ont un réel impact sur les parcours d’insertion des personnes exilées. Leur permettre d’accéder à une activité physique et sportive régulière et adaptée a progressivement suscité l’intérêt de différents acteurs de l’inclusion sociale, tant associatifs qu’institutionnels.

 

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© Soccs

Le sport, s’il est parfois à l’origine de l’exil, peut également jouer un rôle durant les différentes étapes du parcours d’accueil et d’insertion des personnes exilées. Il est depuis plusieurs décennies identifié de manière consensuelle comme un vecteur d’intégration1. Dès la fin des années 1980, le Conseil de l’Europe prône l’insertion par le sport pour ses vertus sur la santé et sa capacité à façonner un esprit collectif2. Au même moment, émerge en France un discours sur la «citoyenneté par le sport» visant à utiliser ce médium pour intégrer les populations issues de l’immigration3. Pendant les décennies qui suivent, de nombreuses initiatives tant aux niveaux international et européen que national voient le jour et se multiplient dans les années 2010. C’est d’ailleurs le cas en France, où le recours à des stratégies d’insertion par le sport devient fréquent. Il amène à questionner, plus généralement, les manières par lesquelles le sport s’affirme comme vecteur d’insertion pluridisciplinaire dans le parcours des personnes migrantes en France. 

 
Plusieurs composantes sont en jeu dans les parcours d’accueil et d’intégration des primo-arrivants et des bénéficiaires d’une protection internationale. Aux côtés de l’apprentissage de la langue ou de l’accès à l’emploi, le sport s’affirme comme un vecteur d’insertion sociale. En effet, la pratique du sport chez les personnes exilées contribue à les rendre davantage acteurs et actrices de leur parcours d’insertion dans la société. Comme l’affirme le Conseil de l’Europe, le sport promeut le dialogue interculturel et renforce le tissu social parmi les personnes exilées ainsi qu’avec la population locale4. Le Ministère chargé des sports a ainsi intégré cet enjeu dans une première stratégie en 2013, visant à promouvoir le développement de la pratique sportive pour les publics marginalisés, incluant spécifiquement les personnes exilées5. S’en est suivie la création d’une plateforme en ligne mettant en avant des activités physiques et sportives qui leur sont dédiées6. Dans le même esprit, plusieurs axes de la Stratégie nationale pour l’intégration des réfugiés de 2018 ont identifié et valorisé le sport comme outil d’intégration parmi d’autres composantes7. Son efficacité tient notamment dans le fait que de nombreuses disciplines sportives ne nécessitent que peu de prérequis et de matériel. Au niveau local, plusieurs associations et clubs sportifs témoignent du pouvoir fédérateur du sport, à l’instar de l’équipe de cricket de SaintOmer, les Soccs, composée majoritairement de jeunes réfugiés afghans, qui peut compter sur le soutien des locaux. Nombre d’entre eux, intéressés par une discipline méconnue en France, ont rejoint les rangs des bénévoles et partagent des moments d’échange et de solidarité avec les joueurs.
 
Les Jeux olympiques, engagés aux côtés des réfugiés Les liens entre le sport et l’exil se consolident d’autant plus en octobre 2015 lorsque Thomas Bach, président du Comité international olympique (CIO), annonce la création des équipes olympique et paralympique des réfugiés pour les Jeux Olympiques (JO) de Rio de 20168. À travers la mise en place de plusieurs initiatives, dont la Solidarité Olympique qui soutient l’entraînement des athlètes réfugiés, le CIO a démontré son engagement auprès des réfugiés. Plus récemment, le Ministère chargé des sports français a saisi l’opportunité que représentent les Jeux Olympiques de Paris en 2024 en signant une convention avec la Fondation olympique des réfugiés dans le but de déployer des programmes d’insertion par le sport à destination des populations réfugiées et déplacées présentes en Île-de-France9. Son élaboration est issue d’un travail de réflexion autour de l’héritage des Jeux, mené avec six partenaires, acteurs de l’insertion des populations exilées.
  
 
Malgré les bienfaits pouvant être tirés de la pratique d’un sport, les personnes exilées font face à de nombreux freins dans leur accès à différents services et notamment aux loisirs. Les personnes exilées peuvent ainsi faire l’objet de doubles discriminations, se basant en partie sur leurs origines, mais également liées à leur genre, leur orientation sexuelle ou bien un handicap. Plusieurs acteurs et actrices de l’inclusion sociale se sont appuyés sur le sport pour lutter contre ces inégalités. C’est le cas des Dégommeuses, une équipe de foot parisienne réservée aux femmes lesbiennes et aux personnes transgenres qui accueille des femmes exilées faisant face à des discriminations multiples. Par ailleurs, le rôle périphérique attribué au sport dans les stratégies et programmes d’intégration, illustré entre autres par l’insuffisance de moyens alloués en termes financiers, humains et infrastructurels, s’oppose au besoin qu’il représente pour ces publics. Contrairement à d’autres initiatives portées par les institutions, les demandes d’activités sportives émanent régulièrement des publics accompagnés et se traduisent en programmes portés par le tissu associatif. Véritables acteurs des activités mises en place, les exilés s’affirment «comme les facilitateurs les plus importants»10. Leurs propres motivations et envies sont donc à prendre en compte et l’urgence dans laquelle ils peuvent se retrouver ne leur permet pas toujours d’avoir la sérénité nécessaire pour organiser ou intégrer ces activités. La culture organisationnelle a donc également un rôle important à jouer, notamment en ce qui concerne les comportements et coutumes adoptés par les encadrants pour mobiliser les personnes accompagnées. 
 
 
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1 - GASPARINI W., «L’intégration par le sport: Genèse politique d’une croyance collective», Sociétés contemporaines, n°69, p7-23, 2008. 
2 - CONSEIL DE L’EUROPE, Intégration des migrants et des réfugiés: le rôle du sport, 2018. 
3 - Ibid 2.
4 - Ibid 3. 
5 - MINISTÈRE CHARGÉ DES SPORTS, Pourquoi promouvoir l’éducation et l’insertion par le sport?, 2013. 
6 - MINISTÈRE CHARGÉ DES SPORTS, Plateforme sport et inclusion
7 - DIAIR, DGEF ET DIHAL, Stratégie nationale pour l’accueil et l’intégration des personnes réfugiées, 2018.
8 - COMITE INTERNATIONAL OLYMPIQUE, «Le CIO crée une équipe d’athlètes olympiques réfugiés», Communiqué de presse, 2 mars 2016. 
9 - COMITE INTERNATIONAL OLYMPIQUE, «L’Olympic Refuge Foundation crée avec le ministère français chargé des Sports et un consortium de partenaires un nouveau programme pour les jeunes réfugiés en France», Communiqué de presse, 16 septembre 2021. 
10 - MINISTÈRE CHARGÉ DES SPORTS, «Sport et populations déplacées: innover pour intégrer», Pôle Ressources National Sport-Innovations, Dossier thématique n°2, juin-juillet 2021.