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Maison du jeune réfugié : mettre à l'abri et accompagner les jeunes

Publié le : 29/12/2014

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La Maison du jeune réfugié (MJR), gérée par France terre d’asile et le Département du Pas-de-Calais, a ouvert en septembre 2012, rue des Bleuets, à Saint-Omer. On vous raconte, au fil de cette série, comment elle accompagne les mineurs isolés étrangers. Premier volet sur le dispositif : comment il fonctionne, pourquoi il est implanté à Saint-Omer.

 

L’histoire

Entre 2002 et 2009, entre quatre et six mille mineurs isolés étrangers transitent par le Nord, le Pas-de-Calais et la Somme. Le Département les accueille dans le cadre de l’aide sociale à l’enfance, comme il le peut. « La difficulté c’est que l’aide sociale à l’enfance n’a pas cette expérience-là, explique Jean-François Roger, le directeur de la Maison du jeune réfugié. La barrière de la langue est difficile à franchir, les hébergements pas adaptés, il n’y a pas de juriste… » Résultat : 99 % de fugues. Fin 2009, un colloque à Lille réunit les Départements du Nord et du Pas-de-Calais et France terre d’asile autour de la question des mineurs isolés étrangers. L’association est missionnée pour rédiger un projet de lieu d’hébergement et d’accompagnement adapté. En septembre 2012, la Maison du jeune réfugié naît, rue des Bleuets, à Saint-Omer. Elle accueille les 15-18 ans.

 

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Abriter

Mettre à l’abri. Pour une nuit ou cinq maximum, le temps pour les mineurs étrangers isolés de souffler, c’est le premier volet du dispositif. Trente lits installés dans une maison rue Saint-Bertin qui ont accueilli, entre l’ouverture en décembre 2012 et le 30 novembre de cette année, 1 251 mineurs isolés étrangers âgés de 15 à 18 ans pendant 3 463 nuitées. La journée, les mineurs sont à l’accueil de jour. Les jeunes arrivent là parce qu’ils ont été repérés par les maraudes qu’organise France terre d’asile dans les camps de migrants de Calais, Tatinghem ou Norrent-Fontes. Cinq intervenants sociaux et un coordinateur les mettent en œuvre, ils parlent arabe, pachtou, farsi, anglais.

 

Aider à se stabiliser

Au bout des cinq nuits de mise à l’abri, France terre d’asile signale la présence du jeune au parquet de référence – ici, le tribunal de grande instance de Saint-Omer. Le procureur décide d’une ordonnance de placement provisoire et du département dans lequel installer le mineur isolé étranger, soumis à une évaluation sociale. Sur les 1 251 jeunes passés par la Maison du jeune réfugié de Saint-Omer, cent quarante ont fait l’objet d’une évaluation sociale et soixante-douze d’une ordonnance de placement. « C’est très faible, admet Jean-François Roger, le directeur. Mais on n’est pas là pour les forcer à rester. »

Depuis janvier 2014, le dispositif de stabilisation propose trente-huit places, contre trente jusqu’alors, parce qu’il était arrivé à saturation. « On n’ira pas au-delà, assure Jean-François Roger. On ne peut pas mettre en péril les partenariats qu’on a tissés ici ni avoir un impact trop important dans une ville de quinze mille habitants. »


Les migrants et l’Audomarois

Les premiers camps de migrants dans l’Audomarois, on les recense avant 2003. Ce sont des hommes originaires du Kosovo, qui se réfugient dans une maison, à Wisques, avant d’être chassés et de se retrouver dans la forêt. En 2004, leur nationalité change, on rencontre plus d’Afghans. En 2006, il existe deux camps. Un dans la forêt de Wisques, l’autre au niveau du barrage des Chartreux, à Longuenesse. C’est là que l’aide s’organise. Chez les réfugiés, on rencontre également des Kurdes. Aujourd’hui, les migrants « vivent » dans le fossé de Tatinghem. Leur population est variable. Leur nationalité a encore changé : ils étaient Afghans, d’Albanie, du Tchad, de Guinée ou d’Érythrée ; ils sont Syriens, Libyens, Égyptiens, de plus en plus jeunes.


Pourquoi parler de la Maison du jeune réfugié ?

Parce qu’on entend tout sur les migrants. Le pire et le meilleur. Parce qu’on ne sait rien. Ils traversent le monde parce que chez eux ils ne peuvent plus vivre ; les guerres, les conflits, la politique sèment la violence. Ils parcourent des kilomètres et se retrouvent dans des camps de fortune, dans la boue, au pied de murs qu’on élève pour les empêcher de passer. Ils en oublient qu’ils sont humains ; même en Europe on ne les traite pas comme tels. Qu’ils soient mineurs ou majeurs, c’est pareil. À Saint-Omer il y a deux ans, la Maison du jeune réfugié, gérée par le Département et France terre d’asile, a ouvert. Elle essaye de dessiner, avec ces jeunes déracinés, un avenir, au-delà du cauchemar. Elle leur apprend à grandir, à s’intégrer, à embrasser une nouvelle culture sans renier la leur. Elle fait œuvre utile, pour une poignée d’entre eux. Elle fait bouger les lignes. Et change le monde.

 

Par Jennifer-Laure Djian

La Voix du Nord, le 29 décembre 2014