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L’État demande au 115 de fournir les identités des personnes hébergées

info migrant

Les centres d’hébergement d’urgence vont devoir "communiquer mensuellement à l’Ofii la liste des personnes hébergées". Un échange de données qui a pour but de mieux prendre en charge les demandeurs d’asile et les réfugiés et les orienter vers des structures adaptées à leur situation, selon l’Ofii. Les associations s’inquiètent elles de ce recensement et redoutent la fin de l’accueil inconditionnel.

 

Les gestionnaires des centres d’hébergement d’urgence, dont le 115, vont devoir transmettre "mensuellement" à l’Office français de l’immigration et de l’intégration (Ofii) la liste des réfugiés et des demandeurs d’asile hébergés.

Cette nouvelle mesure, mise en œuvre par le ministère de l’Intérieur, vise à relancer la "circulaire Collomb" du 12 décembre 2017 qui prévoyait d’envoyer dans les hébergements d’urgence des "équipes mobiles" de l’Ofii chargées de recueillir des informations sur la situation administrative des personnes hébergées.

Le texte avait suscité un vif émoi dans le monde associatif, qui craignait un "tri" des migrants. En avril 2018, le Conseil d’État, saisi par les associations, avait validé le texte.

 

"Ce n’est pas le rôle du 115 de fournir des listes à l’État"

En plus de la venue de ces équipes mobiles, les gestionnaires des centres devront donc désormais "communiquer mensuellement à l’Ofii la liste des personnes hébergées (nom, prénom, date de naissance, statut, nationalité, adresse de l’hébergement)", explique le texte qui sera mis en application "dans quelques jours". Les dublinés et les sans-papiers ne sont pas concernés, assure l’Ofii à InfoMigrants. Seuls les demandeurs d’asile et les réfugiés doivent communiquer leurs identités, assure-t-on à l’Ofii. Le but : les orienter vers des structures adaptées et libérer des places pour les sans-abri.

"L’objectif est de mieux prendre en charge les demandeurs d’asile et les réfugiés et les orienter vers des structures qui correspondent à leur situation administrative ou vers des logements", explique Didier Leschi, directeur général de l’Ofii, joint par InfoMigrants.

Ce recensement inquiète néanmoins les associations car elles redoutent la fin de l’accueil inconditionnel dans les centres d’hébergement d’urgence. "Nos valeurs sont remises en cause, ce n’est pas le rôle du 115 de fournir des listes à l’État", déclare à InfoMigrants Bruno Morel, directeur d’Emmaüs solidarité. "On parle d’une meilleure orientation mais encore faut-il qu’il y ait des places disponibles", signale-t-il. "Je rappelle qu’un demandeur d’asile sur deux n’a pas de place dans les CADA ou les HUDA".

 

"Les campements de rue vont se multiplier"

Le bilan des équipes mobiles à Paris fait état de 230 personnes recensées à Paris sur une capacité de 2 500 places dans les hébergements d’urgence. Pourquoi un chiffre si faible ? Parce que le recensement se fait sur la base du volontariat. "Sur ces 230 personnes, seules six ont été orientées vers un logement", précise encore Bruno Morel. "L’argument de la fluidité ne peut donc tenir".

Les associations redoutent surtout que cette annonce fasse peur aux migrants et qu’ils fuient les hébergements d’urgence. "La conséquence est évidente : les gens vont encore plus se cacher et les campements de rue vont se multiplier", pense le directeur d’Emmaüs solidarité.

Selon une estimation diffusée par le Monde, 11 000 demandeurs d'asile et 8 000 réfugiés seraient hébergés dans un hébergement d'urgence.

 

Info Migrants, par Leslie Carretero le 04/07/2019

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