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La Tunisie après Ben Ali

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Dans un climat d'instabilité persistant, la Tunisie tente d'organiser l'après-Ben Ali

Les principales forces politiques du pays tentaient hier de former un gouvernement d'union nationale après la fuite du président en Arabie saoudite. Sur le terrain, la situation restait tendue et précaire.
Deux jours après la fuite du président Zine el-Abidine Ben Ali en Arabie saoudite, les leaders politiques tunisiens tentaient d'organiser l'avenir immédiat du pays dans un climat extrêmement tendu. Hier le Premier ministre, Mohamed Ghannouchi, après avoir été nommé président par intérim durant une journée, devait réunir des représentants des partis politiques et de la société civile pour désigner les personnalités chargées de conduire le processus de transition jusqu'aux élections, prévues dans un délai de soixante jours. En effet, dès samedi, le président du Parlement, Foued Mebazaa, a été désigné président par intérim par le Conseil constitutionnel. Après avoir prêté serment, il a annoncé que Mohamed Ghannouchi formerait un nouveau gouvernement « d'union nationale ». « Tous les Tunisiens sans exception et sans exclusive devraient être associés au processus politique », a-t-il indiqué.

Au palais du Gouvernement devaient être réunis tous les partis politiques dits légaux, représentés au Parlement ou non, à l'exception du Parti communiste, interdit, et des islamistes de l'Ennahdha, dont le chef vit en exil à Londres. La réunion devrait décider de la mise en place de trois comités : l'un chargé de proposer des personnes pour former un gouvernement d'union nationale, un autre pour examiner les exactions qui ont fait des dizaines de morts pendant un mois d'émeutes, et le dernier consacré aux accusations de corruption de l'ancien régime. Hier, l'ex-chef de la sécurité du président Ben Ali, le général Ali Sériati, a été arrêté à la demande de la justice, qui l'accuse des récentes exactions commises contre la population alors qu'il tentait de fuir en Libye.

Peur et suspicion

Sur le terrain, la situation demeurait incertaine. Certes, hier, le couvre-feu a été raccourci d‘une heure dans l'ensemble du pays « en raison d'une amélioration de la sécurité », selon l'agence TAP (Tunis Afrique Presse). Le dispositif de sécurité bloquant l'avenue Bourguiba dans le centre de Tunis a aussi été allégé, ont constaté des journalistes de l'AFP. Et la capitale s'était réveillée dans le calme.

Mais de violents affrontements ont opposé, dans l'après-midi, les forces de sécurité à des éléments fidèles au chef de l ‘Etat déchu, réfugiés dans le palais présidentiel de Carthage. L'armée a fini par donner l'assaut au palais. Des échanges de tirs ont également été observés entre des francs-tireurs cachés dans les immeubles et des policiers, selon l'AFP. Par ailleurs, un groupe de Suédois venus en Tunisie pour une partie de chasse a été pris à parti par la foule, leurs armes les ayant rendus suspects. Dans la soirée, on était toujours sans nouvelles de trois d'entre eux.

Le Premier ministre tunisien, Mohammed Ghannouchi, a averti hier soir que les autorités te feraient preuve d' « aucune tolérance » avec ceux qui sèment le chaos . Le pays vit dans la peur et la suspicion. Plusieurs témoignages ont attribué les pillages et exactions de ces derniers jours à des éléments favorables à Ben Ali, qui chercheraient à créer le chaos pour favoriser son retour. Des comités de vigilance ont été mis en place dans les quartiers, où des rondes pour protéger les habitants ont été organisées. Un neveu de l'ex-président, Kaïs Ben Ali, a été interpellé par l'armée à Msaken (Centre), dans la nuit de samedi à dimanche, avec dix autres personnes qui « tiraient en tous sens » à bord de véhicules de police, selon des témoins. Imed Trabelsi, neveu de l'épouse de l'ex-président Ben Ali, lui, a succombé à une blessure à l'arme blanche à l'hôpital militaire de Tunis.

En Algérie, un chômeur de trente-sept ans est décédé après s'être immolé par le feu samedi devant une mairie où il était venu réclamer un emploi et un logement.

Les Echos, le 17/01/2011