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Le gymnase de Grande-Synthe, où sont hébergés 850 migrants, bientôt évacué

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InfoMigrants a appris que le gymnase dans lequel quelque 850 migrants sont actuellement hébergés à Grande-Synthe dans le nord de la France allait être évacué le mois prochain. Plusieurs associations craignent de voir des camps informels se former partout dans la ville, comme à Calais, à moins d'une quarantaine de kilomètres de là.

Encore une mauvaise nouvelle ! Où va-t-on nous envoyer ?”, s’inquiète un jeune père de famille installé à l’Espace jeunes de Grande-Synthe, dans le nord de la France. Comme lui, au moins 850 migrants ont élu domicile dans cette large bâtisse mise à disposition en janvier dernier par la mairie. Parmi eux se trouvent 130 mineurs isolés et une cinquantaine de familles.

Le gymnase peut accueillir 200 à 300 personnes maximum, là on est proche des 900 personnes, de plus en plus de tentes s’ajoutent autour du bâtiment, ce n’est plus tenable”, a déclaré un porte-parole du cabinet du maire à InfoMigrants confirmant que les lieux seraient évacués “lors de la deuxième quinzaine d’août” par les services préfectoraux.

Ouvert dans le cadre du plan grand froid cet hiver et l’hiver dernier sur l’initiative de l’ancien maire EELV Damien Carême, le gymnase accueille en grande majorité des migrants de la communauté kurde. Tous - ou presque - ne rêvent que d’une chose : passer en Angleterre où ils pensent pouvoir travailler plus librement et vivre dans de meilleures conditions.

Nous avons annoncé l’évacuation du gymnase lors d’une réunion mercredi [17 juillet] où les associations ont été conviées avec la sous-préfecture. Tout le monde a semblé d’accord sur la nécessité d’une mise à l’abri globale”, poursuit le porte-parole du maire qui se félicite d’avoir renoué le dialogue qui avait, selon ses dires, été rompu sous l’ancien conseil municipal.

L’État, à savoir la sous-préfecture, s’est engagé à trouver des places pour tout le monde et y travaille actuellement. Nous avons également fait part d’une cinquantaine de ‘logements d’urgence’ dont peut disposer la mairie”, indique le porte-parole. “Si cette réponse n’est pas satisfaisante, nous réinviterons tous les acteurs à la table des discussions.

 

“Envoyer ces migrants dans des centres partout en France, ça ne sert à rien !”

Mais les associations se disent inquiètes. “C’est très flou, on ne connaît ni la date ni les lieux de mise à l’abri. Si c’est pour envoyer les migrants dans des CAO et des CAES partout à travers la France, ça ne sert à rien ! Ils ne veulent pas demander l’asile ici, tout ce qu’ils veulent c’est rejoindre l’Angleterre”, explique Katie, bénévole de l’association locale Solidarity Borders très présente auprès des habitants du gymnase.

Mêmes inquiétudes pour Chloé Lorieux, coordinatrice locale de Médecins du Monde, qui déplore “le manque d’information en amont” empêchant les migrants comme les associations de “préparer au mieux” l’évacuation. Elle déplore également le fait que “le département n’ait pas été convié à la réunion” en mairie, “ce qui est particulièrement inquiétant pour le sort des mineurs”.

En fermant le gymnase, Grande-Synthe risque de devenir un nouveau Calais avec des petits camps éparses démantelés quotidiennement et où devront survivre des hommes seuls comme des familles ou encore des mineurs isolés”, poursuit pour sa part Katie de Solidarity Borders. “Pour résumer, à peine élu, le nouveau maire s’est empressé de défaire ce qui a été mis en place par Damien Carême pour les migrants de Grande-Synthe, c’est sûr que c’est inquiétant”, ajoute-t-elle encore.

 

Un nouveau maire et une nouvelle politique migratoire à Grande-Synthe ?

Plusieurs associations redoutent en effet la nouvelle politique du maire socialiste, Martial Beyaert, 48 ans, qui est entré en poste le 3 juillet dernier. Il était le seul candidat à la succession de Damien Carême, dont le poste était vacant suite à son élection au Parlement européen. Ce dernier était notamment à l’origine, aux côtés de Médecins Sans Frontières, de la construction, contre l’avis de l’État, de la Linière, le premier camp humanitaire de France. Il fermera un an après son ouverture à cause d’un incendie.

Plus récemment, Damien Carême n’avait pas hésité à saisir, avec le soutien d’un collectif d’associations, le Tribunal administratif afin de forcer l’État à installer des douches et des points d’eau à proximité du gymnase qui s’est peu à peu transformé en camp avec l’afflux de dizaines de tentes de migrants autour du bâtiment.

Bien qu’il ait annoncé l’évacuation prochaine du gymnase, le nouvel édile, Martial Beyaert, affirme qu’il poursuivra la politique engagée de son prédécesseur. Mais il a également précisé qu’il est, de son point de vue, essentiel de renouer un dialogue tripartite avec l'État et l'agglomération dunkerquoise, “afin que l'accueil ne pèse pas seulement sur Grande-Synthe”.

 

InfoMigrants, par Anne-Diandra LOUARN, publié le 24/07/2019