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Le multiculturalisme: une approche en péril?

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L'Allemagne et la France semblent aux prises avec un débat idéologique concernant leur politique d'intégration des immigrants musulmans. Un livre ouvertement raciste publié en Allemagne a d'ailleurs créé la polémique.

L'Islam est-il compatible avec les valeurs occidentales? Les Occidentaux sont-ils racistes? Doit-on tirer un constat d'échec de l'intégration ou cela reviendrait-il à laisser triompher le populisme? 

Un sondage IFOP, réalisé en décembre 2010 en France et en Allemagne, fait état des inquiétudes des Français et des Allemands par rapport aux immigrants et aux différences culturelles et religieuses liées à l'islam qu'ils observent dans leur pays. Il dresse un portrait alarmant de la situation.

L'étude rapporte que 42 % des Français et 40 % des Allemands considèrent la présence d'une communauté musulmane comme « une menace » pour l'identité de leur pays, contre seulement 22 % des premiers et 24 % des seconds qui perçoivent cette présence comme « un enrichissement » pour leur pays.

De plus, 68 % des Français et 75 % des Allemands estiment que les musulmans ne sont « pas bien intégrés dans la société ».

Livre raciste controversé

En Allemagne, la problématique semble exacerbée en ce moment, le pays étant secoué par une polémique déclenchée par la publication d'un livre ouvertement raciste écrit par l'ancien gouverneur de la Banque centrale du pays.

L'Allemagne court à sa perte est arrivée sur les tablettes des librairies allemandes à l'automne. Depuis, il s'est vendu à près d'un million d'exemplaires.

Dans son livre, Thilo Sarrazin considère que la politique d'immigration de l'Allemagne est un échec. Il prétend notamment que les musulmans ne s'intègrent pas, qu'ils sont moins éduqués et moins intelligents que les Allemands, et qu'ils nivellent le pays par le bas. Il met également ses compatriotes en garde : à cause de la différence entre leur taux de natalité et celui des Allemands, dans 100 ans, les musulmans formeront 70 % de la population du pays, soutient-il.

L'ancien gouverneur de la Banque centrale et ancien grand argentier de la ville de Berlin énonce par ailleurs dans son livre que « l'intelligence moyenne de la population caucasienne d'origine juive est au-dessus de l'intelligence moyenne » et que cette intelligence est génétique.

"C'est dangereux. Nous vivons en Allemagne, nous connaissons son histoire. Nous savons qu'en [ex-]Allemagne de l'Est, il y a beaucoup d'attaques contre les immigrants par les néo-nazis."
— Seyhan Derin-Mette, immigrante d'origine turque

Le discours de Thilo Sarrazin a provoqué un scandale en Allemagne. M. Sarrazin a été forcé de démissionner de son poste à la Banque centrale, et il est menacé d'être expulsé du parti social-démocrate.

Pourtant, en pleine controverse, la chancelière allemande Angela Merkel a elle aussi conclu, au congrès des jeunes de sa formation conservatrice, que l'approche multiculturelle allemande avait « échoué, totalement échoué ».

Selon l'historien Peter Sick, cette déclaration en a surpris plusieurs parce que Mme Merkel « représente très bien cette frange de conservatisme allemand, proche des milieux économiques, où l'on sait très bien que l'Allemagne a besoin d'une immigration qualifiée pour garder son niveau de prospérité ». Selon l'historien, son discours s'adressait aux franges très conservatrices de son électorat, avec lesquelles « elle a traditionnellement des problèmes ».

Thilo Sarrazin abonde dans le même sens, avec contentement : « Mme Merkel, qui n'est pas très populaire dans les sondages en ce moment, a saisi le message. Je suis persona non grata, mais mes idées sont reprises. Elles ont abouti au bon endroit ».

Notons cependant qu'Angela Merkel a elle-même nuancé sa position en disant que l'immigration était nécessaire, étant donnée la pénurie de main-d'oeuvre qualifiée dans le pays. Elle a aussi repris des propos du président Christian Wulff disant que « l'islam fait partie de l'Allemagne ».

Et le multiculturalisme canadien?

Au Canada, le quotidien The Globe and Mail a proposé en novembre, dans un éditorial, d'abandonner le concept de multiculturalisme, à l'origine d'un « débat éculé », « qui tourne en boucle » depuis les années 1970, et dont le désaveu en Europe « est venu jeter de l'huile sur le feu ». L'éditorial avançait que « les gens croient à tort que cette politique incite seulement à s'intéresser aux danses et à la cuisine ethnique, c'est-à-dire à ce qui nous différencie et non à ce que nous avons en commun ».

Selon le journal, cette vision en elle-même nuit à l'intégration, puisqu'à cause d'elle, les nouveaux arrivants se sentent « mis dans des cases ethniques, et donc exclus de leur société d'accueil ».

Radio Canada, le 06/01/2011