Main menu

Itinéraires

Sarah, la liberté d’entreprendre

Sarah Johnson Saka
- Pays d'origine: Sierra Leone
- Née le 16 juin 1990
- Arrivée en France à 17 ans fin 2007
- Prise en charge par un dispositif de France terre d’asile le 17 décembre 2007
- Âge actuel: 27 ans
À 17 ans, Sarah Johnson quitte la Sierra Leone pour la France, victime d’un réseau de prostitution. Quelques semaines plus tard, l’adolescente parvient à s’enfuir. Elle est alors prise en charge par l’Aide Sociale à l’Enfance. Nous la rencontrons dix ans plus tard, dans le salon de coiffure qu’elle tient à Caen avec son mari.

Comment êtes-vous devenue cogérante d’un salon de coiffure ?

Quand je suis arrivée à Caen, j’ai du prendre des cours de français pour apprendre la langue, puis trouver une formation professionnelle. J’ai toujours aimé travailler avec les personnes âgées. Elles ont besoin d’aide et j’aime bien les écouter raconter leur histoire. J’ai donc fait plusieurs stages en maison de retraite et chez les Petites Sœurs des Pauvres. Quand j’ai eu mon CAP d’aide à la personne, j’ai tout de suite commencé à travailler, avant de rencontrer mon mari à l’église évangélique. On a commencé par coiffer à domicile avant d’ouvrir notre premier salon il y a cinq ans. Depuis, on s’est agrandi au fur et à mesure, en changeant trois fois de local.

Avez-vous été bien accueillie ici ?

Parfois, les gens ne t’aiment pas et tu ne sais pas pourquoi. Il y a ceux qui t’acceptent et ceux qui ne t’acceptent pas. J’ai déjà entendu des remarques racistes dans les transports et au travail. Au début, ça me dérangeait mais maintenant, je n’y prête plus attention. J’espère qu’un jour, les choses changeront.

Qu’est-ce qui vous plait en France ?

J’ai déjà visité le Mont-Saint-Michel, Ouistreham et le Mémorial de Caen. J’adore aussi l’Histoire de France, celle de Jeanne d’Arc surtout. J’écoute BFM tous les jours, un peu de variété française comme Florent Pagny, Christophe Mae ou Jennifer. Mon film préféré, c’est «Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ?».

J’adore vivre à Caen, c’est calme. Je n’ai jamais aimé les grandes villes!

Quelle est votre situation actuelle ?

Au début, j’ai bénéficié de la protection subsidiaire. Je voyais un psychologue une à deux fois par semaine à France terre d’asile. Il m’a beaucoup aidé. Il y a eu des moments durs où j’avais besoin de parler à quelqu’un. Mais aujourd’hui ça va beaucoup mieux. Je me suis mariée, on a une petite fille de deux ans et j’accouche du deuxième dans un mois. Nous sommes officiellement français… depuis trois jours!

Y a-t-il eu une cérémonie ?

C’était un rendez-vous collectif, on était une quarantaine en tout. Le maire nous a reçus, il a présenté une vidéo expliquant nos droits avant de faire un petit discours de bienvenue. Ensuite, on a chanté la Marseillaise puis le maire nous a appelé un par un pour nous remettre un acte de naissance et un acte de décret. Il nous a félicité en disant: «C’est comme un diplôme, pour avoir la nationalité, il faut la mériter». La cérémonie s’est terminée par une photo de groupe. On pourra venir retirer notre nouvelle carte d’identité dans un mois.

Être française, qu’est-ce-que cela signifie pour vous ?

Je suis heureuse et fière d’être française. Si on travaille dur et qu’on suit les règles, c’est facile de s’intégrer. Ici, on protège les gens: grâce à l’aide que j’ai reçue, j’ai pu avoir un toit pour dormir et manger sans être obligée de me prostituer. On m’a toujours encouragé à aller à l’école. L’éducation est gratuite et on peut s’exprimer librement. Et surtout, les femmes ont plus de droits qu’au pays: on ne se marie pas à 12 ans, il n’y a pas d’excision et l’héritage ne revient pas qu’aux hommes. En Sierra Leone, ils nous dirigent, on n’a pas le choix. J’ai tenté de retrouver ma famille mais les recherches n’ont rien donné. J’ai finalement tourné le dos à mon passé, j’essaie de l’effacer.