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Réfugiés en règle et sans-abri : le casse-tête du logement en France

info migrant

 

Les démantèlements récents des campements parisiens du Millénaire, du canal Saint-Martin et de la porte de la Chapelle ont mis en évidence la présence de réfugiés statutaires à la rue. Sadik, est l'un d'eux. Il obtenu le statut de réfugié en 2015 mais n'a toujours pas de toit au dessus de sa tête.

 

Sadik, 27 ans, se déplace doucement au milieu des grandes tentes blanches du centre d’hébergement temporaire du bois de Boulogne. Le jeune homme vêtu d’un blouson noir, d’un jean délavé et de baskets blanches doit s’appuyer sur une béquille pour marcher.

Il y a quelques jours, ce jeune Tchadien vivait encore dans le camp du canal Saint-Martin, près du métro Jaurès, dans le nord de Paris. Gravement blessé à la jambe au Tchad où il faisait partie de la rébellion opposée aux forces gouvernementales, il insiste sur le froid dont il a souffert lors des mois passés au bord du canal parisien.

Après le démantèlement du camp il y a quelques jours, il a été transféré dans le centre d'accueil du bois de Boulogne. Ici, l’hébergement est sommaire mais provisoire. "Les migrants y restent en moyenne une semaine avant de partir vers les CAES ", explique à InfoMigrants Nicolas Hue de l’association Aurore qui gère le centre. Où ira Sadik après la fermeture du centre du bois de Boulogne ? Impossible à dire.

 

"Il faut un dispositif d’accueil à la hauteur"

Depuis des mois, le Tchadien attend d’avoir un logement dans lequel il pourra vraiment débuter sa nouvelle vie. Contrairement à de nombreux autres occupants des camps de fortune, le jeune homme a des papiers en règle : il a obtenu le statut de réfugié et une carte de résident de dix ans en septembre 2015. En revanche, il dort toujours à la rue. Sadik a fait une demande de logement auprès de son assistante sociale. "Elle m’a répondu qu’il n’y avait pas de place et que je devais attendre", raconte-t-il.

Selon Pierre Henry, directeur général de France terre d’asile, environ 10 % des personnes évacuées des campements parisiens du Millénaire, du canal Saint-Martin et de la porte de la Chapelle avaient obtenu le statut de réfugié.

Pour lui, cette situation s’explique en premier lieu par un manque de logements adaptés. "En 2016, 40 000 personnes ont obtenu le statut de réfugié en France, à peu près le même nombre en 2017 et cela sera sans doute la même chose en 2018, donc en trois ans 120 000 personnes sont devenues des ayants droits. Il faut un dispositif d’accueil à la hauteur."

L’accélération des procédures d’obtention du statut de réfugié explique également la situation actuelle. "Aujourd’hui, certaines personnes peuvent obtenir en première instance un statut en trois mois. C’est une bonne chose et, en même temps, cela suppose que l’on pense différemment la prise en charge de ces personnes", explique le directeur de FTDA.

Si les réfugiés statutaires entrent officiellement dans le droit commun, leur hébergement doit être pensé de manière à favoriser leur intégration. "Si on met les gens dans des logements sociaux (HLM) dans des zones où il n’y a pas suffisamment d’offres d’emplois, cela va poser problème. On ne peut pas réussir son intégration dans la société par le seul biais du logement. Cela doit être combiné à un apprentissage de la langue et à un travail", détaille Pierre Henry.

 

Des places insuffisantes

Or, les solutions d’hébergements se résument à très peu de choix. Une fois qu’ils ont obtenu leur statut, les réfugiés peuvent demander à être logées dans un centre provisoire d’hébergement (CPH). Le nombre de places est insuffisant mais devait être augmenté de 3000 en 2018.

Autre solution : les réfugiés peuvent bénéficier d'un hébergement citoyen (comme Singa ou via le Samu social) ou encore s’adresser à la Dihal (plateforme nationale pour le logement des réfugiés). Mais seules les personnes déjà hébergées dans une structure sociale d’hébergement (Cada, CHU , Atsa , hôtel social ou foyer) sont éligibles.

Les réfugiés peuvent également - comme tous les Français ayant des revenus modestes - faire une demande de logement social (HLM) mais les places sont limitées et l’attente est souvent très longue.

 

Infomigrants, par Julia Dumont, le 06/06/2018